On peut affirmer que Henri Cochet est né et a grandi dans le tennis. Son père était en effet le directeur du tennis Club de Lyon. Passionné dès son plus jeune âge, le petit Henri observe les grands, ne rate pas un match important et s’entraîne aux heures creuses avec sa sœur.
Il a dix-huit ans quand, la paix revenue, il s’entraîne régulièrement avec son employeur et patron, un soyeux lyonnais, président du Club de Lyon. Ses progrès sont rapides, il est champion de la région lyonnaise en 1920. En 1921, il effectue sa première année de service militaire (26 mois à l'époque !). Il a toutes les facilités pour s'entraîner et participer aux grandes épreuves françaises. Il rencontre et bat pour la première fois Jean Borotra en finale du critérium sur court couvert, puis en été, il récidive contre le même Borotra dans le critérium sur terre battue. Il finit l'année N°5 français.
1922 :
Henri Cochet aux championnats du monde sur terre battue à Bruxelles
1922 est l’année de sa révélation au niveau international : champion de France, triple champion du monde sur terre battue à Bruxelles, avec Borotra en double et Suzanne Lenglen en mixte, première sélection en coupe Davis contre la Belgique et premier voyage en Amérique avec l’équipe de France pour une rencontre malheureuse contre les Australiens. 1922, c'est aussi l’année de son premier Wimbledon auquel il participe avec Borotra et Brugnon. Il est quart de finaliste, battu par l'Australien Anderson. Mais ce premier voyage en Angleterre lui laissera longtemps un souvenir pénible à cause du temps : il plut 17 jours de suite cette année là à Wimbledon et on ne jouait qu'entre deux averses. Un record ! Il finit l'année brillamment, classé N°1 français.
1928 : Cochet et Brugnon vainqueur du double messieurs
Il revient à la vie civile en 1923. Les trois années suivantes, il marque le pas, obligé de se préoccuper de sa situation professionnelle. Il ne gagne aucun titre majeur durant cette période. En association avec sa sœur, il ouvre à Lyon un magasin d’articles de sport. Les longues heures passées derrière le comptoir et les soucis du développement commercial du magasin ne lui permettent plus de s’entraîner suffisamment. Il participe cependant régulièrement aux phases éliminatoires de la coupe Davis (Voir Les Mousquetaires à la conquête de la coupe Davis), mais ne peut accompagner ses camarades pour les finales interzones en Amérique. Il renonce également à toute participation à Wimbledon. C'est cette année là qu'il joue pour la première fois en double avec Jacques Brugnon, dans une rencontre de coupe Davis contre les Anglais. Une équipe appelée à un grand avenir...
Il est quand même sélectionné dans l'équipe de France Olympique en 1924 pour les jeux de Paris. Il peut s'entraîner alors avec le grand professeur de tennis de l'époque, Darsonval. Bien préparé, il est double médaille d'argent, finaliste du tournoi Olympique en simple, et en double avec Brugnon.(voir Vinnie Richards Double champion olympique)
Il est malade pendant l'hiver 1925 et ne parvient pas à s'entraîner correctement. Battu en quart de finale des premiers internationaux de France par le Belge Jean Washer, il est finaliste du double messieurs avec Brugnon et du double mixte avec Didi Vlasto. Mais ses efforts s'arrêtent là : pas de participation à Wimbledon, ni de voyage en Amérique pour les finales interzones de la coupe Davis.(voir Les Mousquetaires à la conquête de la coupe Davis)
1926 marque le grand retour d’Henri Cochet. Vainqueur des internationaux de France aux dépens de Lacoste, il reprend sa place en coupe Davis et participe à la défaite de l'équipe de Francs en finale contre les USA. Une semaine plus tard, il a l'immense satisfaction de battre Tilden pour la première fois aux championnats d’Amérique. A la fin de l'année, il est alors classé N°1 mondial, avec René Lacoste et Jean Borotra et il le restera jusqu'en 1930.
1927 est une année en dents de scie. Sévèrement battu par Tilden à Paris trois sets à zéro, il prend sa revanche un mois plus tard à Wimbledon au cours d’un match pour le moins épique: mené deux sets à zéro et 5/1 par un Tilden déchaîné, Henri Cochet fait tout à coup 17 points de suite et enlève le match au nez et à la barbe de Big Bill démoralisé ! Défaillance du grand champion américain ou soudaine inspiration d’un joueur au toucher de balle magique? Nul ne le sait, mais le match est resté incertain jusqu'au bout. Tilden a mené 3-1 au cinquième set avant de perdre cinq jeux de suite. En finale contre son camarade Borotra, Cochet remonte encore 2 sets a zéro, sauve huit balles de match au cinquième set, et gagne cette année-là un Wimbledon de légende.
1927 : Demi-finale Tilden Cochet
Cochet serre la main de son malheureux adversaire : il a été mené 2 sets à zéro et 5 jeux à 1...
1927 : Wimbledon
Finale Cochet-Borotra
Mais c'est la victoire en coupe Davis en septembre de cette même année qui est le summum de la saison pour Henri Cochet et ses camarades Mousquetaires (Voir France bat États-Unis 3/2). Battu par Tilden le premier jour au cours d'un match qui resta longtemps indécis, il gagne le point décisif contre Johnston, réussissant à garder son sang froid et sa concentration devant un public déchaîné et tout acquis à la cause de son adversaire... Alors qu'il mène 2 sets à 1 et 4-2, Johnston prend tous les risques et remonte à 4-4 30-0. Dans le public, c'est du délire et on sent que Cochet se met à douter. Heureusement, le français se reprend et gagne les 8 points suivants, le match et la coupe Davis pour la France ! C'est sa dernière défaite contre le grand champion américain et sa dernière défaite en coupe Davis avant longtemps.
Avec Jacques Brugnon, Cochet forme alors une des meilleures équipes du monde, remportant Wimbledon en 1926 et 28 et les internationaux de France en 27, 30 et 32. C'est en 1930 qu'ils réussissent leur meilleur match en coupe Davis, en dominant en 5 sets la paire Allison-Van Ryn, deux vrai spécialistes du double et récents vainqueurs de Wimbledon.(voir La France défend la coupe Davis (3))
1928 : Cochet-Brugnon en double à Wimbledon
1927 : Finale de la Coupe Davis
Le match Cochet-Tilden
A partir de 1928, Henri Cochet devient surtout le grand homme de la coupe Davis, gagnant tous ses matchs dans son stade fétiche de Roland-Garros jusqu’en 1932, battant au passage sévèrement trois années de suite le grand Tilden en quête de revanche. Il accumule les victoires, en simple comme en double avec son partenaire Toto Brugnon. Son seul rival est alors son camarade René Lacoste avec qui il se partage tous les grands titres. En 1928, il fait les trois grandes finales à Paris (vainqueur de Lacoste), Wimbledon (battu par le même Lacoste) et Forest Hills (vainqueur de Frank Hunter). (Voir le grand chelem des Mousquetaires)
1928 : Henri Cochet, champion d'Amérique et Frank Hunter
1930 : Cochet vainqueur de Tilden à Roland-Garros
En 1929, il gagne Wimbledon avec un étonnante facilité, battant Tilden puis Borotra trois sets à zéro. Un mois plus tard en coupe Davis, il confirme définitivement sa place de N° 1 mondial en infligeant à Tilden la plus sévère défaite de toute sa carrière: 6/3 6/2 6/1 (Voir La France défend la coupe Davis (2)). Score tellement inimaginable qu'une agence de presse américaine exigea de se faire renvoyer le télégramme avec le vrai score, croyant à une erreur de transmission! Cette année là, la fédération française n'envoie aucune équipe en Amérique, et il ne peut défendre son titre à Forest Hills.
1930 confirme la suprématie de Cochet sur le tennis mondial. Après la retraite de Lacoste, Tilden, à trente-sept ans, reste son seul rival. Cochet le bat encore deux fois nettement en finale de Roland-Garros puis en coupe Davis fin juillet (Voir La France défend la coupe Davis (3)). Ce sera la dernière rencontre officielle entre les deux grands champions et, d'une certaine façon, la fin d'une époque. Cette année là, Cochet a le désagrément de faire sa première contre performance à Wimbledon, battu sévèrement en trois sets par l'américain Allison en quart de finale, un joueur plutôt connu pour ses performances en double.
1928 : Finale Wimbledon 1928 Lacoste-Cochet
1930 :
1931 est sa première année difficile, une année sans, comme cela arrive quelquefois. Malade, il ne peut défendre son titre à Roland-Garros, laissant ainsi Borotra défendre victorieusement l'honneur de l'équipe de France. Mais Wimbledon est une catastrophe : super favori et classé tête de série N°1, Cochet est inexplicablement battu au premier tour par un anglais inconnu du nom de Sharpe et dont on n'entendra plus jamais parler. Triste satisfaction, à la suite d'un pari, Cochet remporte l'épreuve de consolation, réservée aux battus du premier tour! C'est probablement la première et la dernière fois qu'un N°1 mondial remporte cette épreuve secondaire! Même déconvenue en double avec Brugnon, où les deux français s'inclinent en finale face aux américains Lott et van Ryn, d'excellents spécialistes par ailleurs et récents vainqueurs de Roland-Garros. Cochet sauve quand même la coupe Davis face aux anglais en finale (Voir La France défend la coupe Davis (4)), en remportant ses deux simples. Mais, la retraite annoncée de Borotra et les premières défaites d'une carrière jusque là sans faille, annoncent des lendemains difficiles pour la défense de la coupe. Combien de temps Cochet seul pourra-t-il défendre le trophée?
1932 confirme cette impression de fin de règne (Voir La France défend la coupe Davis (5) ) ). Si Cochet remporte sans trop de difficultés Roland-Garros, c'est en l'absence des australiens, et de la nouvelle terreur du tennis mondial, le jeune Américain Ellsworth Vines qui un mois plus tard, débarque en Europe et frappe la balle avec une rare violence, gagnant Wimbledon d'une façon pour le moins expéditive.
Face à cette tornade, les français semblent soudain bien désarmés pour espérer conserver la coupe Davis. Mais à la surprise générale, c'est l'ancien, Borotra, qui sauve le match en remportant ses deux simples, mystifiant Vines le premier jour par des montées au filet pour le moins audacieuses. Cochet, dans le dernier match, confirme son déclin en perdant pour la première fois un match de coupe Davis dans son stade fétiche de Roland-Garros. Contre Vines, qui cette fois, ne s'est pas laissé surprendre, Cochet mène deux sets à zéro, puis se laisse remonter, incapable de tenir la distance. Certes, le match n'était pas décisif pour l'issue de la rencontre, mais quand même. Le magicien n'est plus ce qu'il était. Un mois plus tard, une ultime rencontre contre ce même Vines en finale de Forest Hills perdue 6/4 6/4 6/4 accentue cette impression: Cochet, fatigué par dix ans de campagne, est prêt à passer la main.
Après toutes ces déconvenues, 1933 est l'année de la retraite annoncée. Battu sévèrement 3 sets à zéro en finale de Roland-Garros par l'australien Crawford, battu encore par Vines en demi-finale de Wimbledon, battu encore par l'anglais Perry en coupe Davis (Voir La France perd la coupe Davis), Cochet se décide enfin à accepter l'offre de son vieux rival Tilden et signe un contrat professionnel.
1932 : Finale Forest Hills Cochet-Vines
Alors commence la vie des tournées professionnelles où on change de ville le plus souvent possible. Les matchs contre Tilden auront un grand succès.et Cochet va poursuivre cette vie errante jusqu'en 1939. En parallèle il écrit des livres sur le tennis. Requalifié amateur en 1941, il est finaliste du championnat de France contre Destremeau. Après la guerre, il mène une vie de consultant pour la fédération ou les fabricants de raquettes, et de professeur. Il écrit aussi plusieurs ouvrages sur le tennis, notamment une très intéressante Histoire du Tennis en collaboration avec Pierre Albaran, grand théoricien du bridge et ancien joueur de première série.
1955 :
1935 : Cochet professeur de tennis
1950 :
Borotra et Cochet anniment une journée
de formation pour les scolaires à Roland Garros
Voici ses résultats en grand chelem : 7 simples, 5 doubles messieurs et 3 doubles mixtes.
Wimbledon
Simple
Messieurs
1927 et 1929
Double Messieurs
1926 J.Brugnon 1928 J.Brugnon
Championnats
d'Amérique
Simple
Messieurs
1928
Double Mixte
1927 Mrs E.Bennett
Internationaux de France
Simple Messieurs
1926-1928-1930-1932
Double Messieurs
1927 J.Brugnon 1930 J.Brugnon 1932 J.Brugnon
Double Mixte
1928 Mrs E.Bennett 1929 Mrs E.Bennett
Coupe Davis (6)
1927-1932
Championnats du monde sur terre battue
Simple Messieurs
1922
Double Messieurs
1922 J.Borotra
Double Mixte
1922 S.Lenglen
Jeux Olympiques
Simple Messieurs
1924 Paris : Médaille
d'argent
Double Messieurs
1924 Paris : Médaille
d'argent avec Brugnon.
Les témoignages de l'époque nous décrivent surtout un Cochet prenant sa balle très tôt après le rebond, surtout en coup droit, ce qui lui permettait de monter très vite au filet où sa volée et ses reflexes faisaient merveille. Pour le reste, un service qui n'était qu'une simple mise en jeu, un revers défensif solide, et un excellent jeu de jambes qui lui permettait d'être toujours bien placé. On peut cependant d'étonner de ses succès en double et de sa réussite à la volée, car il n'était pas très grand, et il devait être facile de le lober. Mais ce coup défensif à l'époque n'était pas très populaire. On appelait ça un carotte, et ce coup était copieusement sifflé à Roland-Garros par un public de connaisseurs. Les joueurs plein de panache préféraient éviter ce coup de traite. On raconte qu'en demi finale de Wimbledon en 1930, Tilden se fit un point d'honneur à battre Borotra sans faire un seul lob alors que son adversaire avait pour seule stratégie de monter au filet le plus vite possible...
1930 :
Pour parler du style d'Henri Cochet, le mieux est d'écouter Tilden lui-même : Henri Cochet, le génie du tennis français, a révolutionné le jeu en rejetant les anciennes théories et en inventant un style nouveau. Son attaque de la balle au sommet du rebond, la parfaite coordination de son mouvement lui permettent d'obtenir le maximum d'efficacité avec le minimum d'efforts. Je ne connais pas de joueurs ayant comme lui le sens de l'anticipation et de l'endroit exact où l'on doit placer une balle de tennis. Sa facilité est telle qu'elle donne une impression de paresse. Mais je sais par expérience qu'aucun joueur n'est plus lutteur, plus acharné à la victoire, tout en restant d'une loyauté et d'une correction exemplaire.
L'opinion de Lacoste est tout aussi élogieuse : Contre Cochet, je n'avais pas l'ombre d'une chance de le battre lorsque je renvoyais simplement la balle du fond du court, ce qui était mon jeu naturel. L'unique façon pour moi, comme d'ailleurs pour tous les autres joueurs, de battre Henri était de frapper de toutes mes forces sur chaque balle et de l'attaquer violemment avant qu'il n'ait eu le temps de le faire lui-même. Mais cela comportait des risques énormes et ne pouvait évidemment réussir à chaque fois. Quant à jouer mou ou lentement contre Cochet, c'était courir au suicide, car si on lui laissait retrouver sa touche de balle, les jeux s'accumulaient à son profit et on avait une impression d'impuissance, de fatalité, que l'on ne ressentait contre aucun autre joueur.
1932 : Henri Cochet : Le service Roland-Garros
1930 : Henri Cochet : Le revers
1928 : Henri Cochet : La volée Wimbledon
Cette rare vidéo de Henri Cochet à la volée - malheureusement en mode rapide de l'époque - nous laisse entrevoir l'adresse et les reflexes du Magicien, avec cet enchainement de 4 volées. Cette vidé a probablement été prise à Wimbledon en 1928 ou 1929.
1932 : Finale Vines Cochet Forest Hills
1938 :
1932 : Image cadeau allemande
'Cochet, un maître dans son art'
1979 :
1928 :
Cigarettes Churchmann
1928 :
1933 : L'art du tennis, livre publié en anglais
Plus utile pour le débutant qu'une saison à jouer
1933 : Premières pages du livre d'Henri Cochet
Avec la photo du match de coupe Davis contre Austin en 1933, et première apparition de Cochet en short!