Né en 1898, Jean Borotra ne découvre le tennis qu'à 21 ans, pendant son service militaire en Allemagne en 1919. Poussé par son frère à s'inscrire à un tournoi de tennis, sa carrière aurait pu s'arrêter là... Mais ses antécédents à la pelote basque et une condition physique parfaite vont faire de lui en cinq ans un champion de Wimbledon! A son deuxième tournoi, mené 6/0 4/0, il se précipite par hasard sur un balle courte et fait malgré lui une volée gagnante! Surpris, il se précipite alors au filet sur tous les points et son adversaire ne fait plus un jeu. Voilà Borotra lancé ! Sa technique est encore précaire et il change la raquette de main sans faire de revers, comme à la pelote basque! A Wiesbaden, un professeur le convainc de ne jouer que d'une main et lui explique la technique de base du revers. En quelques semaines, travaillant sans relâche, Borotra en fait son meilleur coup d'attaque.
Avec son tempérament de gagneur, son adresse à la volée, son agressivité au filet et son enthousiasme, Borotra va vite rivaliser avec les meilleurs joueurs français. Dès 1922, il est champion du monde de double sur terre battue avec Henri Cochet, sélectionné en coupe Davis et quart de finaliste à Wimbledon ! Quelle ascension !
1922 : Match contre le Danemark, avec Borotra, Gobert et Cochet
Assis Allan Muhr, le capitaine de l'équipe de France.
1924 est sa grande année. A 26 ans, il gagne les trois titres du championnat de France (qui n'est pas encore ouvert aux étrangers) et un mois plus tard, à Wimbledon, son premier titre de simple aux dépens du jeune René Lacoste, tout juste âgé de 20 ans. C'est la consécration ! Mais, quelle heureuse époque où l'on pouvait gagner Wimbledon au bout de sa cinquième année de tennis... A Wimbledon, il gagne son surnom (the bounding basque !) à cause de ses prouesses au filet. Sa gentillesse, son sens de l'humour, ses pitreries sur le court lui vaudront d'être en Angleterre, pour de longues années, le plus populaire des sportifs français.
Après un deuxième succès à Wimbledon en 1926, il marque le pas, laissant Cochet et Lacoste jouer les premiers rôles en simple dans toutes les rencontres de coupe Davis. Il doit laisser ses deux camarades collectionner les titres de simple dans les tournois du grand chelem. Pourtant il ne démérite pas, battant quelques fois Cochet, plus rarement Lacoste, mais jamais les deux dans le même tournoi. Il devra attendre 1931, la retraite de Lacoste et le forfait de Cochet, pour conquérir un ultime titre de simple à Roland-Garros. Mais sa véritable bête noire, c'était Tilden, qu'il ne réussira jamais à battre en coupe Davis ni dans un tournoi du grand chelem, malgré de nombreuses rencontres épiques qui allaient souvent jusqu'au cinquième set. Borotra compte cependant un victoire sur Tilden, obtenue l'hiver 1926 pendant les championnats d'Amérique sur court couvert. C'était la première défaite de Tilden depuis 1919 dans un match important et cette première victoire d'un français sur le grand Bill eut à l'époque un grand retentissement (Voir Borotra, le premier mousquetaire à avoir battu Tilden). Tilden le détestait cordialement, méprisait sa tactique basée sur l'attaque à outrance et surtout ne le craignait pas, sachant qu'il trouverait toujours dans sa palette de coups et son sens tactique, les ressources nécessaires pour contrer son jeu de volées. Quant à Lacoste, il craignait Borotra, qui arrivait à le prendre de vitesse par ses incessantes montées au filet. Si le lob n'existait pas, Jean serait absolument imbattable disait-il...
1931 : Borotra pendant sa demi-finale perdue contre Shields
Il retrouve sa place en coupe Davis en 1929 après la retraite prématurée de Lacoste. Il y fait une carrière toute aussi brillante qu'à ses débuts. En 1932, pour une ultime participation, il remporte ses deux simples. Il se paye le luxe à 34 ans de mystifier le nouveau champion du monde de l'époque, l'américain Ellsworth Vines âgé de 21 ans. Puis il bat le N°2 américain Allison en cinq sets après avoir sauvé six balles de match et effectué un changement de chaussures! (voirLa France défend la coupe Davis (5) )
Il eut une carrière d'une longévité exceptionnelle. Encore finaliste de Roland-Garros en double avec Brugnon en 1939, il remporta après la guerre, à 51 ans, le championnat d'Angleterre sur court couvert ! Et à près de 80 ans, on pouvait le voir au Tennis Club de Paris affronter en simple-double (c'est-à-dire sur les deux moitiés de terrain opposées) des adversaires de 50 ans plus jeunes que lui! Il avait alors toujours cette formidable volonté de monter systématiquement au filet. 62 ans après sa première participation, il fit une ultime apparition à Wimbledon à 87 ans, dans l'épreuve du double mixte vétéran.< br>
Polytechnicien, licencié en droit, Jean Borotra réussit à mener en parallèle de sa carrière sportive une brillante carrière d'ingénieur puis d'administrateur de société jusqu'en 1976.
1933 : Brugnon et Borotra vainqueurs du double à Wimbledon
1941 : Commissaire général à l’Éducation Générale et aux Sports
Jean Borotra visite l'Ecole Normale féminine des professeurs d'éducation physique
Sa carrière politique est plus contestée. Commissaire général à l’Éducation Générale et aux Sports de 1940 à 1942, dans le gouvernement du maréchal Pétain, il tente de gagner l'Afrique du Nord, mais il est arrêté par la Gestapo, et déporté de 1942 à 1945. Commandeur de la Légion d’honneur, Croix de guerre 14-18 et 39-45, médaille des évadés et médaille des déportés-résistants, il n’en demeure pas moins l’un des plus fidèles partisans du chef de l’État Français. Il a présidé pendant de nombreuses années l’association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain. Son passé de ministre du Maréchal pendant la guerre lui valut d'être interdit de Wimbledon après la guerre pendant quelques années, tout comme les allemands, les roumains...(Voir Le tennis dans la tourmente)
Voici son palmarès en grand chelem : 4 simples messieurs, 9 doubles messieurs et 5 doubles
mixte.
En 1928, il devient le
premier tennisman de l'histoire à remporter la même épreuve
dans les quatre tournois du grand chelem : Double mixte en Australie (1928),
France (1927-34), Wimbledon (1925) et Amérique (1926).
Il est également le premier tennisman de l'histoire à avoir été finaliste
des quatre tournois du grand chelem en simple: Vainqueur en Australie (1928),
à Roland-Garros (1931), à Wimbledon (1924 et 26), et finaliste
malheureux à Forest Hills (1926)
A tous ces titres, il convient
d'ajouter le triplé réalisé en 1924 pendant les championnats
de France, quand ils n'étaient pas encore internationaux : simple
messieurs, double messieurs (avec R. Lacoste) et double mixte (avec J.Billout)
Jean Borotra est l'exemple même du joueur d'attaque à outrance. Sa seule tactique est de monter à la volée à la première occasion, même dans les pires conditions. Son adresse et sa condition physique faisaient le reste. On peut dire qu'avec Tilden, il a été un des premiers à inventer le tennis spectacle. Son revers et son coup droit n'ont rien de spectaculaire, mais ses montées au filet sont si rapide qu'il déconcerte l'adversaire. Cela avait un inconvénient : malgré une condition physique parfaite, il avait du mal à tenir 5 sets. Sa stratégie consistait à prendre impérativement le premier set, voir le second, et il n'hésitait pas à laisser filer un set entier sans bouger pour se reposer et attaquer le set suivant. Il était adoré du public de Wimbledon pour son fair play, son humour, et sa capacité à retourner des balles impossibles.
1932 : La France conserve la coupe Davis Roland-Garros
Séquence d'actualités cinématographique, avec les deux victoires de Borotra
1926 :
Le style inimitable de Borotra lors d'un match sur bois