1930 : Toto Brugnon avant un match de coupe Davis
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Jacques Brugnon FRA- (1895-1978)
"Toto"
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Personne ne se souvient bien d'où vient son surnom, mais peu importe. Le biographe officiel des Mousquetaires a au moins l'immense mérite d'avoir été un co-équipier exemplaire, partenaire de double indispensable de Cochet, puis de Borotra, et toujours prêt à s'effacer devant un de ses illustres camarades si l'intérêt de l'équipe l'exigeait. Classé en première série à l'âge de 26 ans, en 1919, Brugnon n'est alors qu'un honnête joueur de simple, quand il est remarqué par Charles Lenglen, qui cherchait un partenaire de mixte pour sa fille. Suzanne est à l'époque déjà au sommet et Brugnon se révèle l'équipier modèle. Ils remportent ensemble les championnats de France de 1921 à 1923, puis en 25 et 26, quand le tournoi devient international.
Après une première sélection en équipe de France en 1921 contre les Hindous, il devient un habitué de l'équipe de France et participe à toutes les campagnes qui le conduisent à la victoire en coupe Davis en 1927.(voir Les Mousquetaires à la conquête de la coupe Davis)
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| 1933 : Brugnon en action à Wimbledon |
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Barré en simple par ses camarades René Lacoste, Henri Cochet et Jean Borotra, il commence à former dès 1923 une remarquable paire de double avec Cochet, avec qui il joue trois finales consécutives à Wimbledon de 1926 à 28, dont deux victoires. Il joue aussi avec Borotra, avec qui il obtiendra également de bons résultats, mais curieusement jamais avec Lacoste. Jusqu'en 1927, Lacoste-Borotra et Cochet-Brugnon sont les paires types dans les tournois du grand chelem.
En septembre 1927, à la suite de la victoire en coupe Davis (voir France bat États-Unis 3/2), il part pour 7 mois avec Borotra et le jeune espoir Christian Boussus, pour une longue tournée en Amérique, en Australie et en Afrique du Sud. Cela le mène tout droit aux Championnats d'Australie en Janvier 1928, qu'il gagne bien évidemment avec Borotra en double. Le championnat d'Australie n'a pas à l'époque l'importance qu'il aura dans les année 30 et cette visite des Français est bien la première de visiteurs étrangers depuis celle des Anglais pour la coupe Davis en.1912 puis en 1919!
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| 1930 : Rencontre de double messieurs à Wimbledon |
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Timmer, Tilden, Cochet et Brugnon |
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A leur retour, la Fédération Française essaie de préparer l'avenir en imposant deux jeunes espoirs, Christian Boussus et René de Buzelet, à Lacoste (24 ans) et Cochet (27 ans). Les anciens, Borotra (30 ans)-Brugnon (33 ans) mettent tout le monde d'accord en remportant les premiers internationaux de France de double à Roland-Garros. L'expérience ne sera pas renouvelée...
1928 est sa grande année. Il gagne le double messieurs en Australie et à Paris avec Borotra. Puis il retrouve son partenaire habituel Henri Cochet à Wimbledon et c'est encore une victoire. Pour la première fois dans l'histoire du tennis, un joueur était en position de remporter un grand chelem en double. Il fait le déplacement en Amérique et dispute le double messieurs avec Cochet. En demi finale, ils font une partie très disputée contre les américains Lott et Doeg, une paire en principe largement à leur portée. A 4 partout au cinquième set, un orage éclate. Le lendemain, les deux équipes conviennent de recommencer le match. Et là, inexplicablement, c'est un désastre, la paire française ne fait que 6 jeux... Voilà comment on rate un grand chelem à cause de la météo...(voir le grand chelem des Mousquetaires)
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| 1928 : Cochet-Brugnon en double à Wimbledon |
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Brugnon continue sa carrière de double jusqu'en 1939, faisant preuve d'une remarquable longévité. Il joue avec Borotra à partir de 1932 et gagne deux fois Wimbledon en 32-33. Il est encore, avec ce même Borotra, finaliste de Roland-Garros en 1939, à l'âge de 44 ans, ne s'inclinant que 10/8 au cinquième set contre les Américains Harris-McNeil.
En simple, il ne réussit jamais à atteindre une finale, bien qu'il ait eu ici ou là de bons résultats. En 1926 il rate la finale de Wimbledon après avoir eu des balles de match en demi-finale contre Howard Kinsey : score final 6-4 4-6 6-3 3-6 9-7...
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| 1933 : Brugnon et Borotra vainqueurs du double à Wimbledon |
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Toto Brugnon était un privilégié de son époque qui vivait de ses rentes ce qui lui permettait de voyager sur tous les courts du monde en hiver comme en été sans avoir à se soucier de rien. Officiellement, il avait des parts dans une société de courtage et faisait le métier d'agent de change, mais il ne semble pas qu'il ait réellement exercé ce métier. Ses loisirs lui laissaient beaucoup de temps et dans les années 60, il écrivit dans tennis de France ses souvenirs appelés L'épopée des mousquetaires. Tous les chapitres ont été compilés et édités dans une recueil passionnant qui fourmille d'anecdotes sur le mode de vie des tennismen de l'époque, les grands voyages, l'ambiance des tournois, et les champions qu'il a croisé.
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| 1921 : Toto Brugnon et Suzanne Lenglen |
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Trois fois champions de France en mixte |
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| 1927 : L'équipe de France sur le France |
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Cochet, Borotra, Lacoste et Brugnon en route vers leur première victoire en coupe Davis |
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Voici son palmarès
en grand chelem : 10 doubles messieurs et 2 doubles mixte.
| Wimbledon | |
| Double
Messieurs |
1926
H.Cochet
1928 H.Cochet
1932 J.Borotra
1933 J.Borotra |
| Internationaux
de France | |
| Double Messieurs |
1927 H.Cochet
1928 J.Borotra
1930 H.Cochet
1932 H.Cochet
1934 J.Borotra |
| Double Mixte |
1925 S.Lenglen
1926 S.Lenglen |
| Championnats Australie | |
| Double Messieurs |
1928 J.Borotra |
| Coupe Davis |
1927-1930-1931-1932 |
| Jeux Olympiques | |
| Double Messieurs |
1924 Paris : Médaille
d'argent avec Cochet. |
En plus de tous ces titres, il convient de mentionner que Brugnon a gagné quatre championnats de France de double quand ce championnat n'était pas encore international : 1921-22-23 en mixte avec Suzanne Lenglen et 1922 en double avec Dupont.
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Assez curieusement pour un grand joueur de double, Brugnon ne savait pas smasher ! Mais son association avec les grands volleyeurs et smasheurs qu'étaient Borotra et Cochet, faisait merveille. Brugnon préparait les points, ses partenaires finissaient. Il avait un excellent service, toujours bien placé au centre, plein d'effets, et qui mettait en difficulté les meilleurs relanceurs, permettant à son partenaire au filet de conclure presque à coup sûr. Son coup droit, toujours bien masqué, surprenait tout le monde, ses lobs ne pardonnaient pas et il manquait rarement une volée. Bref, on pouvait compter sur lui !
Sa faiblesse en smash lui coûta d'ailleurs sa sélection dans le challenge round de 1928. Tilden, en fin psychologue, n'avait pas manqué de le saluer à son arrivée à Paris par une phrase très remarquée Hello Toto, how is your smash?. Pour qui connaissait Tilden, qui analysait mieux que quiconque les faiblesses de ses adversaires, c'était inquiétant! On se souvenait dans le camp français que les américains avaient gagné le double l'année précédente justement en s'acharnant sur Brugnon, en le lobant. Les dirigeants français s'interrogèrent longuement avant de lui préférer Cochet à la dernière minute..
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| 1928 : Cigarettes Lambert & Butler |
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