1925 : Compilation de petis films avec Suzanne Lenglen
Quelle étrange idée de vouloir faire de sa fille unique une championne de tennis ! Surtout en ce début de siècle où ce sport est réservé à une élite et la compétition est une affaire de gentlemen. Mais Monsieur Charles Lenglen, riche industriel du nord, a les idées bien arrêtées. Les Lenglen passent l'hiver en villégiature à Nice dans la villa familiale, à côté des courts de tennis de la Villa Impériale. C'est peut-être en observant les anglais venus disputer les tournois de printemps que le père de la petite Suzanne, passionné de tennis, eut l'idée de faire de sa fille une championne. Il invente alors des méthodes d'entraînement assez révolutionnaires pour une petite fille de 10 ans. Elle fait une heure de tennis par jour à midi, et Monsieur Charles s'amuse à positionner des mouchoirs blancs sur le court que Suzanne doit atteindre, pour une pièce d'argent de récompense. Pour compléter le tout, elle prend des leçons de danse tous les soirs, ce qui aura une influence certaine sur son style de jeu.
En 1912, elle dispute son premier tournoi adulte et ne perd plus un match. Elle sert par en haut, monte à la volée et smashe en sautant très haut avec une légèreté qui étonne. A 14 ans, c'est déjà une vedette qui a eut l'honneur d'être demandée comme partenaire de mixte par le champion du monde, le néo-zélandais Anthony Wilding qui séjourne lui aussi à Nice. Plus rien n'arrête alors la petite fille jusqu'à la finale du championnat de France 1914 qu'elle perd de justesse contre Marguerite Broquedis. Trois semaines plus tard, elle est championne du monde sur terre battue à Saint-Cloud. Elle a tout juste 15 ans!
1914 :
1914 :
Suzanne Lenglen aux championnats du monde sur terre battue. Photographie J H Lartigue
1914 :
1914 :
Suzanne Lenglen en plein action à 14 ans
En 1919, elle devient championne du monde sur herbe en remportant son premier Wimbledon qu'elle gagne très difficilement contre Mrs. Lambert-Chambert, âgée de plus de 40 ans et qui aura 2 balles de match au troisième set. La Reine Mary, très impressionnée par la petite 'Suzène', en fera sa joueuse favorite pour toutes les années à venir, quitte à établir son emploi du temps en fonction de l'horaire des matchs de la petite française. L'hiver 1919-1920 est encore une saison heureuse. Avec ses amis Pierre Albaran (le joueur de bridge) et Alain Gerbaud (le futur navigateur solitaire), tous deux d'excellents joueurs, elle respire la joie de vivre, écume les tournois de la côte, reçoit dans sa villa tout le gratin de la côte d'Azur et ne songe qu'à s'amuser.
Dès l'année suivante, tout change. C'est qu'entre temps, elle est devenue une vedette. Après ses succès faciles à Paris, à Wimbledon, puis aux jeux olympiques d'Anvers (3 médailles dont 2 d'or), elle occupe partout le devant de la scène et les organisateurs de tournois de toute l'Europe se l'arrachent. L'amateurisme est encore de rigueur, mais la famille Lenglen mène grand train en acceptant les plus prestigieuses invitations, faisant peser sur elle des soupçons de professionnalisme qui n'étaient pas tout à fait injustifiés. On raconte que les organisateurs de tournois pariaient volontiers 1000F de l'époque avec M.Lenglen que sa fille ne participerait pas à leur tournoi. Monsieur Charles acceptait volontiers et organisait tranquillement le programme de sa fille...
Suzanne devenue une grande vedette impose alors au monde une révolution dans le comportement et la tenue vestimentaire. Sa jupe plissée raccourcie sous le genou, son bandeau rose dans les cheveux, une fourrure qu'elle mettait sur ses épaules quand elle entrait sur le court, tous ses détails sont restés aussi célèbres que sa silhouette légendaire. De plus, elle se maquille avant d'entrer sur le court, montrant ainsi un vif désir de plaire. Sous les regards de la presse, Suzanne vit très vite un drame, coincé entre plusieurs modes de vie contradictoires qu'elle n'arrivera jamais à concilier. C'est d'abord une star et elle assume, habillée par les plus grands couturiers, elle aime être photographiée et donner le ton. Mais c'est aussi une petite fille qui reste sous la coupe de son père, son unique entraîneur. C'est lui qui lui fait son programme, et la famille au complet (sa mère, son chien...) l'accompagne dans tous ses déplacements. Enfin c'est une jeune fille de son temps, au cœur d'artichaut, qui tombe amoureuse de tous les jolis garçons qui jouent au tennis. Les espagnols Alonso et Flaquer -que l'on surnommait l'Hispano-Suzanne...- étaient parmi ses préférés. Hélas, Suzanne rentre trop souvent chez son père en pleurant, après avoir cru plusieurs fois rencontrer l'homme de sa vie. Toutes ces sollicitations finirent par avoir un effet désastreux sur son système nerveux au fur et à mesure que les années passaient, et qu'elle était devenue l'invincible, la Divine Suzanne Lenglen. Mais Suzanne n'avait pas de chance: un visage ingrat, un nez crochu et un sourire qui donnait l'impression qu'elle faisait la grimace... Les caricaturistes de l'époque s'en donnaient à cœur joie!
1921 :
1925 :
1926 : Carricature politique anglaise
1921 :
Caricature suite à sa défaite par abandon face à Miss Mallory. Forest Hills
1925 : Suzanne Lenglen contre Mis Ryan Wimbledon
Suzanne Lenglen, en fait, vivait une époque formidable, et elle a été un symbole d'émancipation pour toute une génération. Elle réussit à amener le tennis féminin au même niveau que le tennis masculin, tant du point de vue de la qualité du spectacle que de l'intérêt du public, Mais le drame est qu'elle n'a jamais réussi à en tirer profit pour elle même. Son état de santé ne cessera de se dégrader. Au cours de son premier et unique voyage aux États-Unis en 1921,à peine remise d'une coqueluche, elle est victime de quintes de toux et doit abandonner au premier tour des championnats américains contre Mrs Mallory. Ce sera sa seule défaite de toute sa carrière. En 1924, ayant contracté une jaunisse, elle ne joue pas les championnats de France, et mal remise, doit renonce à jouer sa demi-finale à Wimbledon. Par la suite, elle continua à dominer outrageusement toutes ses adversaires, mais elle commencera à s'économiser, jouant plus souvent au fond du court et évitant les acrobaties au filet, domaine dans lequel elle excellait pourtant. Victime de crise d'insomnie, constamment en déplacement, elle se bourre de médicaments, fragilisée par son statut de vedette et ses éternelles instabilités sentimentales.
Les effets de son style de vie se firent ressentir lors de sa rencontre contre l'étoile montante du tennis mondial, l'américaine Helen Wills en février 1926 à Cannes. Arrivée fatiguée sur le court après une nuit sans sommeil, elle venait d'avoir une prise de bec avec deux ou trois personnes dont le directeur de son hôtel qui avait oublié de la réveiller! Pendant tout le match, elle resta au fond du court, assurant le gain du match en deux sets par la sûreté et la précision de ses coups, sans prendre de risque. Elle termina le match en vainqueur, mais épuisée et à la limite de la crise de nerf. Il ne fait guère de doute qu'elle aurait été incapable de tenir un troisième set...
1926 :
Avec Helen Wills avant le match de Cannes
1926 :
Il était temps pour Suzanne Lenglen que tout s'arrête. En 1926, un malentendu avec le nouveau juge arbitre sur une histoire d'horaire se transforma en drame, Suzanne fit une crise de nerf et ne se présenta pas sur le court central où la reine l'attendait (Voir Le dernier Wimbledon de Suzanne Lenglen). Cet incident fâcheux lui fit finalement prendre une décision salutaire pour sa santé. Fâchée avec les organisateurs et victime d'une campagne de presse assassine, elle scratche en plein milieu du tournoi et rentre à Paris. Elle accepte alors de participer à la première tournée professionnelle de l'histoire du tennis, pour enfin, comme elle l'a déclaré, pouvoir jouer au tennis pour mon plaisir. (Voir La première tournée professionnelle)
Expatriée aux États-Unis, Suzanne Lenglen y trouve enfin l'amour en la personne de Charles Baldwyn, un richissime héritier, déjà marié en instance de divorce . Mais deux ans plus tard, c'est la déroute: la tournée fait faillite. Elle décide alors de entrer en France avec son fiancé. Malheureusement, Baldwyn, fâché avec sa famille, est sans ressources et n'obtient pas le divorce tant attendu. C'est la séparation et Suzanne fonde une école de tennis à Paris. Elle continue de fréquenter le monde du tennis et vient très souvent à Roland-Garros, stade où elle n'a jamais joué, pour assister aux grandes rencontres de coupe Davis. Elle y fait une ultime apparition en 1938, lors de la finale gagnée par Donald Budge. Deux semaines plus tard, elle devait s'aliter pour ne plus se relever, victime d'une leucémie foudroyante (ou d'une anémie pernicieuse disent certains...). Elle mourut le 4 juillet à l'âge de 39 ans. Son souvenir reste vivace à Rolang-Garros, où elle a son avenue, sa statue et où le court central bis, construit en 1980, porte son nom.
1934 :
Suzanne Lenglen professeur dans son école de tennis
1927 : Programme de la première tournée avec Suzanne Lenglen
Quel lien peut-il y avoir entre le tennis et la danse? Aucun, me direz vous et pourtant, la bonne réponse est Suzanne Lenglen! En regardant les documents de l’époque, on ne peut être qu’étonné par l’élégance du geste, la légèreté et la souplesse que l’on devine sur les photos. Dans sa jeunesse, Suzanne Lenglen avait étudié la danse, et tout son style de jeu est imprégné de cette discipline. Les contemporains ne s’y sont pas trompés en voyant en elle une « Diva », enchantés non seulement pas ses victoires répétées, mais surtout par le spectacle que donnait à chacune de ses apparitions cette funambule des courts de tennis. D’ailleurs, la première affiche de sa tournée professionnelle retiendra surtout la silhouette d’une danseuse, sorte de petit rat de l’opéra toujours en mouvement avec une parfaite synchronisation de tous ses mouvements…
1924 :
1925 : Suzanne Leglen : la volée
1925 : Suzanne Leglen : service, coup droit et revers
1925 : Suzanne Lenglen : Le revers
1927 :
1925 :
1925 : Suzanne Lenglen en doube dames à Wimbledon
Voyez ces smashs joués avec le genou replié sur la poitrine, et même quelque fois avec le pied à hauteur de la tête !
Des images cadeau pour collectionneurs, il y en a eu à toutes les époques et dans tous les styles, de préférence dans des paquets de cigarettes. En voici un échantillon...