Tous les passionnés de tennis français des années 50 - et il en reste heureusement quelques uns... - se souviennent encore de cet américain si profondément francophile. Le jeune soldat de l'US Army qui découvre à 20 ans tout à la fois l'Europe, la France et Paris libéré se prend d'une passion pour la ville Lumière où il choisira de s'installer une fois le conflit terminé. Son surnom de Budge, lui a été donné par son frère alors qu'il débutait le tennis. Le petit John était si lymphatique sur le court que son frère lui criait tout le temps Budge! Budge, ce qui veut dire Bouge toi, bouge toi! C'était l'époque d'un autre Budge, Donald Budge, celui du premier grand chelem. Et si John Edwards Patty s'est finalement fait appeler toute sa vie Budge Patty, c'est probablement qu'il appréciait cette référence à son illustre prédécesseur...
La guerre ne lui laisse pas le temps de se faire connaître dans le monde du tennis malgré son talent prometteur. En 1945, c'est un joueur totalement inconnu, même dans son propre pays qui fait un premier match de tennis amical à Paris en 1945 contre un autre militaire et futur diplomate, Bernard Destremeau. La paix revenue, il va vite se faire remarquer en remportant le mixte du premier Roland-Garros d'après guerre avec sa compatriote Pauline Betz. Il a 22 ans.
Ses progrès sont rapides, et il devient aussi bien à l'aise sur herbe que sur terre battue: demi-finaliste de Wimbledon en 1947, et de Roland-Garros en 1948, il joue sa première finale en grand-chelem à Paris l'année suivante après avoir battu Pancho Gonzales en demi-finale.
Dès cette époque, il commence avec un étonnante régularité ses interminables duels en 5 sets avec son grand rival, le tchèque Drobny: Victoire à Wimbledon en 47 (Quart de finale 3-6 6-4 7-9 6-2 6-3), défaite à Paris en 1948 (Demi-finale 2-6 6-3 4-6 6-4 6-3), et encore à Wimbledon en 49 (1/16eme de finale 6-4 6-8 7-9 6-0 6-2)...
1953 : Drobny - Patty avant leur marathon de 4 heures
1951 : Les 10 têtes de série à Wimbledon
Budge Patty, tenant du titre est N°4 . On reconnait:
Ligne 1: Larsen(3), Sedgman(1), McGregor (2)
Ligne 2 : Patty (4), Sturgess(8)
Ligne 3 : Flam(5), Mulloy(9)
Ligne4 : Savitt(6), Drobny(7), Bergelin(10)
1950 est sa grande année (voir La domination américaine). Il fait le doublé Roland-Garros (victoire sur Drobny 7/5 au cinquième set) et Wimbledon (Victoire sur Sedgman en 4 sets). Mais dès l'année suivante, il accumule les contre-performances et il n'atteindra plus jamais une finale de grand chelem, diminué semble-t-il par une blessure à la cheville. Il n'en continue pas moins ses mémorables duels avec Drobny. Leur match le plus célèbre eut lieu à Wimbledon en 1953 en 1/16eme de finale. Malgré 6 balles de matchs au quatrième set, Patty s'inclina en 4 heures 20 minutes sur le score de 8-6 16-18-3-6 8-6 12-10! L'année suivante, il est encore demi finaliste à Paris, battu par Trabert, et à Wimbledon battu pour une fois en 4 sets par Drobny. Il continue à jouer jusqu'à la fin des années 50 avec des fortunes diverses mais sans grands résultats. En 1958 à Roland-Garros, il connut la désagréable mésaventure de perdre contre Robert Haillet après avoir mené 5/0 et 40/0 dans le 5eme set!
1950 : Finale Wimbledon Patty-Sedgman
Victoire de Budge Patty 6-1 8-10 6-2 6-3
1953 : Patty se repose sur sa raquette, pendant un match marathon
Cette photo de Patty dans une position étonnante pendant le marathon contre Drobny en 1953, nous rappelle que le
règlement de l'époque interdisait aux joueurs de s'arrêter aux changement de côté, et donc de s'asseoir...
Patty était également un excellent joueur de double mais il n'eut pas de bons résultats jusqu'en 1957. Cette année là, à 33 ans, il s'associe avec Gar Mulloy, un ancien bon spécialiste de 43 ans! Les deux vieux créent la surprise en remportant Wimbledon, battant en 4 sets les favoris Hoad-Fraser. Deux mois plus tard à Forest Hills, ils ratent de peu le doublé, battus en finale par Cooper-Fraser
1957 : Patty Mulloy vainqueurs surprise du double à Wimbledon
Patty était un joueur très élégant, sur le court comme à la ville et il appréciait tout particulièrement la vie parisienne et l'art de vivre des français. Pull en cachemire sur le court, costume toujours bien coupé, il habitait un appartement avec vue sur la Seine à 5 minutes de Roland-Garros où il se sentait chez lui. Il était de toutes les grandes fêtes parisiennes et appréciait surtout les grands couturiers. On raconte qu'un jour, il s'était fait tailler des shorts chez Christian Dior, mais le tissu, trop délicat avait rétréci au premier lavage!
C'était un superbe attaquant, surtout redouté pour sa volée extrêmement efficace, toujours très sûre et qu'il savait varier d'un coup de patte au dernier moment pour surprendre l'adversaire. Son service était aussi redoutable, avec une très puissante première balle. Mais il savait aussi réussir des aces sur sa seconde balle, très travaillée avec des angles incroyables... Au fond du court, il semblait moins agressif, mais ce n'était qu'une apparence. Il avait un excellent sens de l'anticipation, et il était toujours bien placé sans se fatiguer. Il ne cherchait pas à frapper, mais à placer sa balle pour monter au filet à la première occasion, comptant sur la qualité de ses volées à mi-court pour finir le point au coup suivant.
1951 : Budge Patty service volée Wimbledon
Voici son palmarès en grand chelem : 2 simples messieurs, 1 double messieurs et 1 double mixte.