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En 1928, tous les ingrédients sont enfin en place pour donner une consistance à la notion de grand chelem, même si l’idée va encore mettre quelques années pour se concrétiser. Et 1928, c’est d’abord l’année de la construction du stade Roland-Garros, contruction rendue nécessaire depuis la victoire de l’équipe de France. Paris se doit de disposer d’un stade dédié au tennis comparable à ce qui existe à Wimbledon. Les installations du Stade Français et du Racing étant limitées, il apparaît vite indispensable à la Fédération Française de se doter d’une infrastructure digne de la coupe Davis et surtout de ses défenseurs. L’hiver est donc occupé par l’achat d’un terrain près de la porte d’Auteuil et la construction d’un nouveau stade de 13.000 places, qui sera géré conjointement par le Stade Français et le Racing. Ce nouveau temple du tennis ne porte pas le nom d’un sportif, mais d’un aviateur, Roland Garros. En effet, Émile Lesueur, président du stade Français, entend honorer ainsi le souvenir de son ancien camarade d'HEC, grand sportif et sociétaire de son club, mort au combat en 1918.
Ensuite, par un effet de balancier bien naturel, l’arrivée de la coupe Davis en Europe va provoquer un retour en force des joueurs Australiens et Américains aux internationaux de France qui deviennent ainsi un tournoi de préparation idéal avant les finales interzones et le challenge Round. Car la coupe Davis reste l’épreuve la plus prestigieuse, le trophée le plus convoité et la véritable motivation des fédérations pour envoyer leurs meilleurs joueurs dans de lointains pays…
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| 1913 : Roland Garros, premier vainqueur de la Méditerranée |
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Sociétaire du Stade Français, et héros de la guerre 1914-1918 |
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| 1928 : Le stade Roland-Garros en construction |
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Fort de la victoire en coupe Davis, la fédération française organise alors une immense tournée de promotion de son équipe à travers le monde. Au programme l'Amérique du nord côte est, l'Argentine, le Chili, la Californie, l'Australie (Melbourne puis Perth) la Nouvelle Zélande et enfin l'Afrique du Sud. Rien que ça ! Sont du voyage Borotra, Brugnon et le jeune espoir Christian Boussus. Le voyage dure 7 mois est sera un immense succès. Borotra s’y distingue tout particulièrement en remportant les trois épreuves des championnats australiens : simple, double avec Brugnon, et mixte avec l’excellente australienne D.Akhurst qui elle aussi fait le triplé. En simple, Borotra bat en cinq sets l'australien Cummings et succède au palmarès à Hawkes (1926) et Patterson (1927).
C'est alors que pour préparer l'avenir, les dirigeants décident d'engager pour le premier Roland-Garros deux nouvelles équipes de double avec deux jeunes espoirs : Lacoste-Boussus et Cochet-de Buzelet.
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| 1928 : L'australien Cummings, finaliste malheureux contre Borotra |
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| 1932 : Borotra-Brugnon vainqueur du double à Wimbledon |
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Tout est prêt la première quinzaine de juin pour le premier Roland-Garros de l’histoire. Le public a enfin un stade digne de ses nouveaux héros qui remportent tant de victoires sur tous les courts du monde. Malheureusement, Tilden n’est pas là, et c’est une grosse déception. Mais c’est le grand retour des Australiens à Paris : Lacoste rencontre sur son chemin un jeune homme timide et plein d’avenir du nom de Jack Crawford, et Hawkes réussit à se glisser jusqu’en demi-finale après avoir battu Brugnon au tour précédent. Il y est en bonne compagnie avec les inévitables Borotra, Cochet et Lacoste. C’est finalement Henri Cochet qui remporte son premier titre à Roland-Garros en battant Lacoste en quatre sets au cours d’une magnifique finale. Jamais Le magicien n'avait autant mérité son surnom que ce jour-là.
L'équipe Borotra-Brugnon complète le succès français en double messieurs, mettant en échec la stratégie de renouvellement tentée par la fédération. Et finalement, l'équipe Cochet-Brugnon sera reconstituée avec succès pour les années à venir.
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Wimbledon 1928 ne semble pas pouvoir échapper à un français et leur seul rival est encore Tilden, pourtant âgé de 35 ans. Ils sont trois à pouvoir prétendre au titre : Borotra a participé aux quatre dernières finales dont deux victoires, Cochet est le tenant du titre et Lacoste a gagné en 1925. Fait unique dans l'histoire de Wimbledon, il y a même sept français en huitième de finale et encore cinq en quart de finale. La surprise est créée par Christian Boussus, 20 ans, qui atteint la demi-finale en battant un Brugnon en petite forme avant de se faire battre par Cochet. Dans l'autre demi-finale, Lacoste réussit à se débarrasser de Tilden après un match très dur en cinq sets. En finale, Lacoste prend sa revanche sur Cochet en quatre sets. Cochet-Brugnon remportent également le double aux dépens des australiens Hawkes et du vétéran Patterson.
Curieusement, il n'est alors venu à personne l'idée que Brugnon était en position de remporter un possible grand chelem en double après ses trois victoires en Australie, à Roland-Garros et à Wimbledon....
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| 1928 : Finale Wimbledon 1928 Lacoste-Cochet |
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Après la rencontre victorieuse en coupe Davis, pour laquelle Tilden, accusé un temps de professionnalisme, a été miraculeusement requalifié amateur au dernier moment, l'équipe de France emmenée par Cochet mais sans Lacoste fatigué, fait le traditionnel voyage pour participer aux championnats d'Amérique. Et le moment est historique : Brugnon, déjà vainqueur en Australie et à Paris avec Borotra, et à Wimbledon avec Cochet, est en effet en mesure de faire la passe de quatre. A peine débarqués, les français participent donc aux championnats de double à Boston, excellent entraînement avant le simple début septembre. L'affaire se présente bien, Cochet et Brugnon affrontent en demi-finale les américains Lott et Doeg, une paire largement à leur portée. Mais un Cochet inconstant fait durer le match jusqu'à 4 partout au cinquième set, lorsqu'un orage éclate. Le lendemain, les deux équipes décident d'un commun accord de recommencer le match. Hélas, les français fatigués ne font que 6 jeux en tout ! Voilà comment on rate un grand chelem !
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| 1933 : Brugnon en action à Wimbledon |
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Tilden suspendu en costume avec son camarade Hunter, malheureux finaliste contre Cochet. |
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Pour le simple messieurs, c'est plus simple. Cochet espérait sans doute rencontrer Tilden et confirmer ainsi sa place de N°1 mondial ? Son espoir est déçu. Tilden battu en coupe Davis est de nouveau attaqué à son retour pour professionnalisme et suspendu. A croire que chaque défaite en coupe Davis coûte à Big Bill une suspension ! C’est donc sans grande émotion que Cochet devient champion d’Amérique en battant Hunter en finale au cours d’une partie qui va quand même durer jusqu’au cinquième set. Et de quatre pour les Mousquetaires !
Finalement, nous y sommes. Wimbledon n’est plus tout à fait le plus grand tournoi du monde. Roland-Garros et Forest-Hills commencent à exciter les convoitises des meilleurs joueurs de la planète. Pour ne pas être en reste, la fédération australienne va de plus en plus souvent inviter les meilleurs joueurs étrangers et recommence à envoyer régulièrement de fortes délégations en Europe et en Amérique. De plus, pour s’épargner des déplacements inutiles, l’équipe d’Australie s’inscrit dans la zone européenne pour la coupe Davis. C’est ainsi que dans les années trente, le parcours type de l’équipe australienne débute par un séjour en Europe au printemps avec Roland-Garros, Wimbledon et les éliminatoires de la coupe Davis, et retour par l’Amérique pour disputer Forest-Hills début septembre, et éventuellement la finale de la coupe Davis - comme ce sera le cas en 1939 - avant de retrouver chez eux le printemps des antipodes.
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| 1928 : Henri Cochet, champion d'Amérique et Frank Hunter |
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Dans ces conditions, il n’est pas vraiment étonnant que le premier joueur à avoir tenté le grand chelem - sans le vouloir - et à l’avoir presque réussi ait été un Australien. Ce sera Jack Crawford en 1933.
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