1928 : Le stade Roland-Garros en construction
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La France défend la coupe Davis (1)
1928
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En 1928, la France a ses héros et pour eux un tout nouveau stade digne de leurs exploits. Ils sont jeunes (Lacoste a 24 ans, Cochet 27 ans) et les anciens (Borotra 30 ans et Brugnon 33 ans) n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le capitaine Pierre Gillou peut aligner trois remarquables joueurs de simple et a à sa disposition au moins trois combinaisons de double : Borotra-Brugnon (Vainqueur en Australie et à Roland-Garros), Cochet-Brugnon (vainqueur à Wimbledon), voire même Borotra-Cochet… De jeunes espoirs sont en formation et on espère bien, côté français, conserver longtemps le prestigieux trophée. Pendant 6 ans, la France va défendre victorieusement la coupe Davis grâce surtout à Cochet qui est alors le grand homme de toutes les rencontres, gagnant onze matchs consécutifs dans son stade fétiche de Roland-Garros. Mais aussi grâce à Borotra qui remplace Lacoste malade à partir de 1929 et qui, bien que vieillissant, fait des miracles jusqu'en 1932 (il a alors 34 ans). Lorsque Borotra arrête définitivement de jouer les simples en 1933, Cochet se retrouve alors bien seul, il ne suffit plus pour assurer le point décisif. Les successeurs des Mousquetaires ne sont hélas pas prêts, (il faudra attendre 1989...) et c'est finalement l'Angleterre de Perry et Austin qui récoltera l'héritage.
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En attendant le challenge-round qui doit marquer le sommet de la saison fin juillet, le nouveau stade parisien est inauguré en mai à l'occasion d'une rencontre féminine France-Angleterre. Puis Helen Wills et Henri Cochet inscrivent leur nom au palmarès du premier Roland-Garros de l'histoire. Enfin, après Wimbledon, qui voit la victoire de René Lacoste, Roland-Garros se prépare pour le finale interzone entre les Italiens et les Américains...
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Un stade, des joueurs, tout est en place fin juillet pour accueillir la finale interzone entre Américains et Italiens et nul ne doute alors que la France retrouve en finale l’équipe des USA emmenée par l’infatigable Tilden, âgé de 35 ans… Tout se présente bien et pourtant. L’annonce de la suspension de Tilden pour professionnalisme est ressentie comme une catastrophe côté français. En effet, en l'absence de Big Bill, le match est gagné d’avance. Aucun des seconds couteaux américains ne semble en mesure en effet d’inquiéter sérieusement les joueurs français, même si une semaine avant la finale, dans un stade Roland-Garros presque vide, les jeunes amiricains Hennessey et Lott qualifient leur équipe sans trop de problèmes face aux italiens.
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| 1928 : Tirage au sort par le président de la république |
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Mais qui dit « pas de suspense » dit « pas de recettes ». Et cela inquiète au plus au point les dirigeants français, certains d’entre eux s’étant portés caution personnelle pour le financement du nouveau stade Roland-Garros, construit justement pour l’événement. Les pressions se multiplient alors par l’intermédiaire du président de la République lui-même et l’ambassadeur américain à Paris, pour la requalification de Tilden… Bref, ce n’est que quelques jours avant la date fatidique que Tilden est autorisé à participer à la rencontre…
Tilden est là, les choses sérieuses peuvent commencer. Et d’abord la guerre psychologique. Arrivé à Paris, le champion américain ne manque pas d’attaquer Toto Brugnon sur la qualité de ses smashes que tout le monde sait inexistante… A l’issue du tirage au sort, les spéculations commencent sur la composition des équipes du double, qui pourrait bien s’avérer décisif. Cette fois, c’est un Tilden reposé que Lacoste va affronter dès le premier jour…
La faiblesse de l’équipe américaine est la même que l’année passée. Hormis Tilden lui-même, il n’y a pas de vrai spécialiste de double. Or Tilden a 35 ans et personne ne pense qu’il soit capable de gagner trois matchs difficiles en trois jours. Mais qui sait de quoi le champion américain peut être capable quand il s’agit de revanche et de la coupe Davis ?
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| 1928 : Affiche du challenge round |
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Première journée : Lacoste / Tilden et Cochet / Henessey.
Et dès le premier match, l’impensable se produit. Tilden joue merveilleusement, attaque toutes les balles, monte au filet à la moindre occasion et commet le minimum d’erreurs. Nul doute qu’il a longuement médité sur ses défaites de l’année précédente contre le même Lacoste… Tilden ne se laisse pas cette fois user par le Crocodile. Au cinquième set, il arrive même à dérégler l’implacable mécanique du champion français… Vainqueur 6/3 dans le dernier set, Tilden quitte le court sur un nuage, visiblement heureux d’avoir enfin vengé son honneur, celui de l'Amérique, et en passant, les trois défaites de l’année précédente et celle de Wimbledon contre le même Lacoste un mois plus tôt.
Cochet contre Hennessey n’a pas trop de difficultés à remettre les équipes à égalité, malgré un démarrage poussif. Mené un set à zéro et 7 partout, Cochet joue avec une nonchalance qui commence à inquiéter sérieusement le public. Mais il accélère tout à coup et ne perd plus que 3 jeux !
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Deuxième journée : Contre Lott-Hennessy, Pierre Gillou comptait aligner Cochet-Brugnon. Mais c’est finalement Tilden-Hunter qui sont retenus. Du coup, Pierre Gillou choisit de sacrifier Brugnon, au smash inexistant, et de le remplacer par Borotra dont c’est un des points forts. C’est probablement un bon choix, puisque après un match difficile, les français l’emportent finalement 6/2 au cinquième set ! On respire côté français, car si Tilden, même fatigué peut toujours créer la surprise face à Cochet, on voit mal Lacoste perdre contre Hennessey...
Troisième journée : Cochet/Tilden et Lacoste/Hennessey : C’est à Cochet que revient l’honneur de marquer le troisième point contre Tilden. La partie est superbe et cette fois, la victoire est sans appel, trois sets à zéro. Tilden est à l'attaque, mais Cochet, parfaitement concentré, ne perd aucun point important, toujours admirablement bien placé, et attirant son adversaire au filet pour mieux le passer... Il est tout de même mené 5/2 au deuxième set, mais il sauve plusieurs balles de set sans jamais paraître réellement en difficulté avant de remonter sans plus faire la moindre erreur. Dans le troisième et dernier set, un break dans l'avant dernier jeu suffit au français pour conclure victorieusement.
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| 1928 : Photo d'avant match double de coupe Davis |
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Cochet, Borotra, Tilden et Hunter. Victoire française 6-4 6-8 7-5 4-6 6-2 |
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| 1928 : Tilden Hunter à Roland-Garros |
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Avec cette victoire, Cochet vient de conquérir définitivement son titre de N°1 mondial qu'il confirmera un mois plus tard en remportant le titre américain à Forest-Hills. L'équipe de France mène 3/1 et Lacoste complète le succès de son équipe par une victoire sans émotion sur Hennessey. Avec ses deux champions de la trempe de Lacoste et Cochet, tout jeunes car âgées respectivement de 24 et 27 ans, la coupe Davis semblait pouvoir rester en France pour une très longue période. Et pourtant... Personne ne pouvait se douter alors qu'à 24 ans, le Crocodile venait de jouer son dernier match de Coupe Davis.
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