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1946 : la poignée de main finale
Rentrée des classes à Wimbledon
1946

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C’est dans une ambiance de retrouvailles et de rentrée des classes que le vieux stade anglais rouvre ses portes en ce mois de juin 1946 pour le premier grand tournoi d’après guerre. Après 6 ans d’absence, les anciens retrouvent avec plaisir le gazon londonien, les tasses de thé et bien sûr la pluie... Les plus traditionalistes traînent même un parfum d’avant guerre dans les allées avec leurs pantalons, leurs chemises à manches longues et leurs casquettes de golf. On observe les nouveaux avec curiosité, on cherche à deviner parmi ces jeunots en culottes courtes, lequel sera le plus dangereux et, en l’absence de résultats significatifs, les têtes de série sont choisies un peu au hasard, sur la base de réputations plus ou moins justifiées. On regrette aussi les absents : Riggs, Budge et Perry passés professionnels, et les australiens Quist et Bromwich, restés chez eux. On n'oublie pas non plus le terrible drame qui vient de se jouer et les nations vaincues sont bannies: dernier grand joueur européen d’avant guerre encore en activité, l’allemand Von Cramm, pourtant peu suspect de nazisme et réfugié en Suède, se voit ainsi refuser, comme tous les allemands, l’entrée du stade… Il n'y reviendra qu'en 1951.



1946 : Jack Kramer à Wimbledon


L’Europe, ravagée par la guerre, n’a pas a priori de représentants susceptibles d’inquiéter américains et australiens. Côté français, Yvon Pétra, déjà trentenaire, fait figure d’ancien et sa défaite décevante en coupe Davis contre le Yougoslave Puntec deux semaines auparavant ne permet pas au N°1 français d’avoir de grandes ambitions…

Du côté des favoris, on attendait de voir Jack Kramer, l’américain sélectionné en coupe Davis à 18 ans avant la guerre, précédé d’une énorme réputation de tueur, et son compatriote et partenaire de double Tom Brown. Deux jeunes espoirs australiens, Dinny Pails et Geoff Brown, ont également la cote auprès des bookmakers londoniens.




Ce sera finalement un tournoi plein de surprises au cours duquel vont se révéler la personnalité et le talent exceptionnels de Jaroslav Drobny. Ce tchèque n’est pas tout à fait un inconnu à Wimbledon, puisqu'il avait fait sa première apparition en 1938, à l'âge de 17 ans, l'année du grand chelem de Donald Budge. En huitième de finale contre Kramer, Drobny réussit un deuxième set marathon d’anthologie. Servant de plomb, ne ratant pas un smash, il réusssit enfin à prendre le service de Kramer au 32 ème jeu, pour conclure à 17-15. Le Tchèque remporta finalement en cinq sets un des plus beaux matchs du tournoi que Kramer, victime d’ampoules à la main, dut finalement laisser filer… Drobny sortit de ce match épuisé et se traîna jusqu’en demi-finale, pour être battu par l’australien Geoff Brown.



1946 : Drobny à Wimbledon



Dans l’autre moitié du tableau, c’est Yvon Pétra qui créa la surprise. Très grand (il faisait presque 2 mètres), le français profita de l’avantage de sa taille pour être le meilleur serveur du tournoi, ce qui, sur herbe lui apporta un avantage décisif. Il servait tellement fort qu’il réussit même à casser le vieux filet rouillé du court central qu’on avait probablement oublié de changer depuis… 1939 ! Sa victoire en quart de finale contre Pails fut déjà saluée comme un exploit et personne ne s’attendait à le voir aller plus loin. Mais Tom Brown l’américain, puis Geoff Brown l’australien, ne purent que subir la loi du français et de son terrible service.



1946 : Sur un service canon, Yvon Petra vient de casser le filet...



1946 : L'australien Geoff Brown et le Frnaçais Yvon Petre rentrent sur le co
Finale de Wimbledon

Geoff Brown fut constamment mené au cours d’une très belle finale qui dura plus de trois heures. Après avoir perdu les deux premiers sets, l’australien réussit à égaliser à deux sets partout après avoir sauvé une balle de match à 5-3 au quatrième set. Mais le service perdu au premier jeu du cinquième set fut décisif pour la victoire finale du français. Le lendemain, Jean Samazeuilh écrit ce commentaire élogieux dans l'Equipe: Sur le central qui, depuis des années, a vu défiler les plus célèbres champions de tous les pays, Yvon Petra, cet après-midi, a effacé la défaite que lui avait infligée Puntec dans le dernier match Yougoslavie-France et il a fait mieux encore. Il a élevé la classe de sa technique de façon si remarquable et si brillante devant Geoff Brown au cours de ce match qu'il mérite d'être considéré maintenant comme un champion de classe mondiale capable de rapporter à la France les honneurs les plus enviés...

Journaliste et ancien champion de France, Jean Samazeuilh pense bien sûr à la coupe Davis en écrivant ces lignes, mais son espoir sera déçu et les français devront encore patienter longtemps avant de rejouer une finale de coupe Davis....




1946 : Photo d'avant match Petra Brown


1946 : Petra au filet pendant la finale



Voici le commentaire d'Yvon Pétra sur sa victoire: Je me suis battu à fond pendant 5 sets, d'abord pour essayer d'étouffer Brown - et je crois y être parvenu - puis pour l'empêcher de me déborder tout en le fatiguant. Ce Brown, quel adversaire correct et quel joueur aussi. Franchement, je l'ai admiré au cours des deux sets qu'il m'a pris. J'ai surtout admiré son courage et la classe qu'il a montré lorsqu'à 5-3 dans le quatrième set, il a sauvé une balle de match. C'est vraiment le champion de demain, car il est jeune, lui. Il me reste, quand je serai rentré, à me préparer pour confirmer ce résultat aux championnats de France



1946 : Yvon Petra pendant la finale


Vainqueur surprise, Yvon Pétra ne confirmera jamais par la suite cette victoire historique. Âgé de trente ans, le français est déjà en 1946 en fin de carrière. Ce succès sans lendemain laissa probablement beaucoup de regrets à ce joueur qui, comme beaucoup d’autres, avait vu les meilleures années de sa carrière tennistique gâchées par la guerre. Quant à Geoff Brown, il ne confirmera pas non plus le pronostic du Français et cette finale à Wimbledon restera le meilleur résultat de sa carrière.






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