Histoire
du Tennis

Archives

Vidéos

Biographies H

Biographies F

1946 : Jaroslav Drobny et Marcel Bernard
Reprise et surprise à Roland-Garros
1946

Chapitre précédent :
Rentrée des classes à Wimbledon

Chapitre suivant :
Kramer et le power tennis

En cette période difficile d'après guerre où tout est pénurie et restrictions, la fédération française a beaucoup de mal à remettre la machine en route pour les internationaux de France. Et ce n'est qu'après beaucoup d'hésitations et beaucoup de difficultés qu'il est décidé de reporter le tournoi fin juillet.



Il fait très chaud cet après midi de juillet 1946 dans les allées du stade Roland-Garros. Marcel Bernard, inscrit dans les deux épreuves de double, vient consulter les tableaux. A trente-deux ans, cet ancien espoir du tennis français n’a plus de grandes ambitions en simple et le premier Roland-Garros d’après guerre est surtout pour lui une occasion de s’amuser. En double messieurs d’abord, avec son ami Yvon Pétra et en mixte avec l’américaine Margaret Osborne, tête de série N°3. Une mauvaise surprise l’attend. L’américaine vient justement d’annoncer au juge arbitre qu’elle renonçait au double mixte, souhaitant limiter sa participation aux seules épreuves féminines. Marcel Bernard ne cache pas sa déception. Une seule épreuve, c’est un peu juste. Mais le juge arbitre, qui a du mal à compléter son tableau de 64 joueurs, réussit à la convaincre de prendre une des dernières places libres en simple.



1946 : Marcel Bernard pendant la finale contre Drobny



Engagé un peu par hasard dans le tableau final, Marcel Bernard n’est pas favori. Ce talentueux gaucher au subtil toucher de balle a pourtant déjà été demi-finaliste à Roland-Garros: c’était en 1932 contre Henri Cochet. Il avait 18 ans, et ce jour là, le maître avait donné la leçon. Le jeune Marcel n’avait fait son premier point qu’au cinquième jeu, sous un tonnerre d’applaudissements ! Le score final (6-1 6-0 6-4) avait été sans appel, mais à 18 ans, tous les espoirs sont permis… Il n'en fut rien. Un jour brillant, décevant le lendemain, il n'a jamais confirmé en simple tout le bien qu’on pensait de lui. En 1936, à 22 ans, il est encore demi-finaliste contre Von Cramm et vainqueur de doubles avec Borotra. Après cela, plus rien... A 32 ans, ses meilleures années de tennis derrière lui, Marcel Bernard compte bien profiter de l’occasion pour s’amuser !



Il n'y a pas une importante participation étrangère pour ces premiers internationaux d’après guerre. Kramer est rentré chez lui soigner ses ampoules et surtout préparer la finale de la coupe Davis, tout comme les australiens Pails et Brown. Plus de la moitié du tableau est composé de joueurs français. Les têtes de séries sont Yvon Pétra, le surprenant vainqueur de Wimbledon, Tom Brown, le N°2 américain, Jaroslav Drobny le tombeur de Kramer à Wimbledon et le petit équatorien Pancho Segura à l'incroyable coup droit à deux mains. Du côté des outsiders, on attendait les yougoslaves Puntec et Mitic, étonnants vainqueurs des français en coupe Davis et l’américain de Paris Budge Patty.



1946 : Tom Brown, demi-finaliste



1946 : Pancho Segura à Roland-Garros


Contre toute attente, le repêché de la dernière heure va créer la deuxième surprise française de l'année, encore plus grande que celle d'Yvon Pétra à Wimbledon. Marcel Bernard bat le Péruvien Buse en 4 sets et le Tchèque Caska sur un score équivalent. Contre Pancho Segura, tête de série N°4, il joue un tennis de rêve, attaque sans arrêts et ne rate pas une seule volée, pour gagner en trois sets. Son malheureux adversaire ne peut que regarder passer les volées et implorer la Madone de lui venir en aide ! Sur sa lancée, il bat de justesse Budge Patty en concluant par 7-5 au cinquième set. En demi-finale il réussit à déborder son ami et partenaire de double Yvon Pétra, accédant à la finale après un long match en cinq sets.




Dans l'autre moitié du tableau, c'est Drobny qui fait le ménage, s'imposant alors comme la nouvelle terreur des courts et le meilleur joueur européen. Il perd un set contre Mitic en quart de finale et se débarrasse de Tom Brown en 5 sets au tour suivant. Gaucher comme Marcel Bernard, puissant, adroit, très rapide, avec une excellente condition physique (il est également international de hockey sur glace), âgé seulement de 25 ans, le tchèque est archi favori pour cette finale. Et tout se passe comme on pouvait s'y attendre. Drobny mène rapidement deux sets à zéro, clouant littéralement son adversaire sur place, avec ses smashes, sa vitesse d'exécution et la précision de ses coups. Tout semble joué, mais au troisième set, imperceptiblement, le français change de tactique. Il ne monte plus que sur des attaques au centre et commence à réussir ses lobs. Les jeux sont plus accrochés et le tchèque commence à faire des erreurs. Mené 3-1 puis 4-1, Drobny s'énerve et s'inquiète. Le français fait sept jeux de suite et mène déjà dans la quatrième manche. Il est déchaîné et réussit toutes ses attaques. Drobny essuie de plus en plus souvent ses lunettes, devient fébrile et semble gêné par l'ombre qui petit à petit envahit le central. Le cinquième set est entièrement à l'avantage du français qui l'emporte finalement 3-6 2-6 6-1 6-4 6-3.



1946 : Le yougoslave Mitic prend un set à Drobny



1946 : Jaroslav Drobny


1946 : Article paru dans Club, le journal sportif de l'époque
Le journal salue la victoire de Marcel Bernard et n'oublie pas de remercier Margaret Osborne! Sur la photo, c'est Drobny qui essuie ses lunettes.


Dans le camp français, c'est l'euphorie. Après Wimbledon, Roland-Garros! On pense déjà à Forest Hills et surtout à la coupe Davis. Tout le monde a en mémoire l'épopée des Mousquetaires et on se met à rêver d'une nouvelle période de gloire pour le tennis français!

Le lendemain, Marcel Bernard et Yvon Pétra remportaient le double messieurs sur la paire Segura-Morea, offrant ainsi au tennis français une victoire complète. C'était plutôt inattendu, car les deux français avaient joyeusement fêté et arrosé la victoire de Marcel Bernard une bonne partie de la nuit! Le match faillit mal se terminer. Après avoir mené rapidement 2 sets à zéro les deux français, fatigués et les jambes lourdes, commencent à ressentir les effets de leurs excès de la nuit! C'est un terrible passage à vide, les sud-américains mènent rapidement 6-0- 6-1 et 5-2 dans le dernier set, sous les sifflets du public. Marcel Bernard retrouve alors miraculeusement son toucher de balle et les français l'emportent finalement 10-8!



1946 : Les finalistes du doublent entrent sur le court
Segura, Morea, Marcel Bernard et Yvon Petra


1954 : Margaret Osborne à Roland-Garros


Quant à Margaret Osborne, elle devait pleinement justifier de son refus de jouer le mixte en remportant le simple et le double dames de ce premier Roland-Garros d'après guerre. Marcel Bernard n'a finalement pas eu à regretter cette trahison de dernière minute, et on suppose qu'il a du lui pardonner...






Chapitre précédent :
Rentrée des classes à Wimbledon

Chapitre suivant :
Kramer et le power tennis