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1962 : Affiche des championnats du monde pro sur terre battue
Les grandes heures du tennis professionnel
1960-1967

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Olmedo, le péruvien "made in USA"

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Fraser et le réveil des Européens

En 1961, Jack Kramer décide de passer la main. Depuis dix ans, Kramer était l’organisateur et le dirigeant du tennis professionnel. Il avait créé sa propre entreprise dans laquelle il avait investi l’argent qu’il avait gagné comme joueur. Son retrait va amener les professionnels à s’organiser autrement.

Sous l’impulsion de Rosewall et Hoad est créée une structure associative: l’IPTA (International Professional Tennis Association). Cette structure accueillit alors la quinzaine de joueurs pros en activité avec un président, un secrétaire et un trésorier. Il n’y avait plus de patron et les joueurs étaient solidaires et responsables du succès ou de l’échec de l’entreprise.

Avec ce mode de fonctionnement solidaire, il n’était plus question d’offrir des sommes fixes garanties considérables aux nouveaux postulants professionnels comme le faisait Kramer. La première priorité fut d’attirer le nouveau champion amateur auteur du deuxième grand chelem de l’histoire, Rod Laver. Mais là où Trabert avait obtenu 80.000$ pour la première année, Rosewall 65000$ et Hoad 100.000$, Laver ne put obtenir qu’une garantie de 100.000$ sur 3 ans. Et ce n’était qu’une garantie: Laver participait aux compétitions professionnelles dotées de prix en espèces et si à l’issue des 3 ans il n’avait pas gagné 100.000$. Les autres joueurs lui garantissaient solidairement la différence.



1962 : Affiche des championnats du monde pro sur terre battue
Avec Rosewall en tête d'affiche

1964 : Affiche du tournoi pro indoor de Wembley



Rosewall régnait alors sans partage sur le tennis professionnel. Il avait succédé à Pancho Gonzales qui depuis 1960 avait levé le pied. Pancho, à 32 ans restait un adversaire très dangereux, mais il n'avait plus la constance et la motivation nécessaire. Le Petit Maître de Sydney, avec son revers magique et son toucher de balle, jouait un tennis de plus en plus précis et enchanteur. Moins puissant que Gonzales au service, Rosewall était par contre impérial sur sa ligne de fond de court et ses attaques, surtout sa volée de revers, frisaient la perfection.

L’arrivée de Laver donna une nouvelle impulsion au tennis pro. L’Australien perdit ses premiers matchs contre Hoad et Rosewall et les anciens purent démontrer qu’il dominaient encore le tennis mondial. Les journaux s’intéressèrent quelque temps à ces confrontations, et puis finirent par les ignorer complètement. La séparation totale des structures amateurs et professionnels jouait contre ces derniers. Aux amateurs les grands tournois et la coupe Davis, aux professionnels les tournées épuisantes et les tournois en salle et à la lumière artificielle. Certains faisaient même courir le bruit que les tournois professionnels étaient truqués, ce qui n’arrangeaient pas leurs affaires. Pendant ce temps, Emerson et Santana gagnaient probablement autant sinon plus que ces professionnels officiels, et continuaient d’écumer les tournois du grand chelem. Emerson put ainsi tranquillement établir au fil des ans un record de 12 titres en grand chelem qui fit longtemps référence... Il est bon de rappeler quelque fois dans quelles conditions ce record (battu depuis par Pete Sampras) avait été établi.



1967 : Affiche du tournoi pro de Wembley
Avec Gonzales, Laver, Ralston et Rosewall


Rosewall conserva sa place de N°1 jusqu'en 1965, puis a trente ans passés, il dut laisser Laver devenir la nouvelle vedette du tennis professionnel. Le gaucher australien était devenu un formidable attaquant, son adresse et ses réflexes au filet le rendaient pratiquement imbattable sur surface rapide. Mais les deux australiens étaient très proches l'un de l'autre et Rosewall garda longtemps encore une supériorité certaine sur les surfaces plus lentes comme la terre battue.

En septembre 1965, les professionnels se retrouvèrent à Paris pour un tournoi en salle au stade Pierre de Coubertin. L'inauguration de l'International Club de Lys à Chantilly fut alors l'occasion d'une des rares, et peut-être même la seule rencontre qu'il y eut à l'époque sur un court de tennis entre des amateurs et des professionnels (c'était en principe strictement interdit...). C'est ainsi que Darmon, Jauffret et Barthès se retrouvèrent avec Rosewall, Laver, et Sedgman à Chantilly où un des courts justement devait porter le nom du Petit Maître de Sydney! Les professionnels échangèrent quelques balles avec les amateurs au cours d'une rencontre amicale qui n'en était pas moins Open. Cet événement aurait pu être le signe avant coureur d'un rapprochement, il n'en fut rien. Si les joueurs s'estimaient et se respectaient, il n'en était pas de même des dirigeants. Il parait que les joueurs français se firent vertement rappeler à l'ordre pour avoir osé partager un court de tennis avec les bannis du tennis officiel...



1965 : Les pros en visite au Club de Lys à Chantilly chez Pierre Darmon
Rosewall baptise le court qui porte son nom. De g. à d. Darmon, Jauffret, Barthès, Rosewall, Sedgman et Laver.

1965 : Amateurs et professionnels sur le nouveau court
Darmon et Barthès face à Sedgman et Laver La première rencontre 'Open' de l'histoire ?


1965 : Article sur le tournoi professionnel à Paris


Cette visite à Paris fut l'occasion pour Frank Sedgman, président de l'association des joueurs professionnels, de donner son point de vue sur les rapports entre le tennis amateur officiel et le tennis professionnel. Voir cette très intéressante interview qu'il a donnée au journaliste du Miroir des Sports.







En ce qui concerne la description de ce que pouvait être la vie des professionnels de ces temps héroïques, je ne peux que répéter ce qu'en disait Gianni Clerici dans son excellent ouvrage 500 ans de tennis: Ils jouaient, en fait ils se battaient jusqu'au sang, même s'ils ne gagnaient pas un cent de plus, simplement pour se montrer l'un l'autre qui était le meilleur, avec l'égarement de chevaliers errants.

Laver plus tard racontera cette vie d'errance : Il suffisait qu'il y ait de l'argent et nous aurions joué pieds nus sur du verre pilé ! Nous étions des gitans, et les gitans ne regardent pas où ils font leur exhibition. Nous avons fait une tournée en Amérique avec deux camionnettes, jouant dans plus de soixante villes en quatre-vingt jours. Une fois pour 1000$, nous sommes allés à quatre jouer jusqu'au Soudan, à Khartoum pour y trouver la révolution. L'organisateur téléphona à des amis, les amis à d'autres amis, et ainsi réussit à trouver les mille dollars. Nous jouâmes sur du gazon, puis tout de suite après sur du ciment en nocturne. Nous étions entourés de fil de fer barbelés, mais aussi par une telle quantité de moustiques qu'à certain moment, nous fûmes obligés d'arrêter. Les spectateurs applaudirent, puis disparurent. On entendait des coups de feu...



1967 : Les professionnels retrouvent Wimbledon
Gimeno, Gonzales, Butchholz, Rosewall, Ralston, Stolle, et Laver



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