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1968 : Ashe premier amateur vainqueur d'un tournoi Open à Forest-Hills
Les difficiles débuts de l'ière open
1968

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Le Mai 68 de Roland-Garros

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Le deuxième grand chelem de Laver

Si le succès du premier Roland-Garros open démontrait sans aucun doute possible où se situait l'avenir du tennis de haut niveau, aucune structure adéquate n'existait pour gérer la coexistence des différentes organisations en présence.

D'abord les fédérations nationales, jalouses de leur indépendance et des épreuves qu'elles organisaient. Les fédérations contrôlaient bien sûr la coupe Davis qui se jouait par équipe nationale, et les grands tournois internationaux en Australie, en France (Roland-Garros) et aux Etats-Unis (Forest Hills). Seuls les joueurs dits amateurs et licenciés de leur fédération nationale pouvaient prétendre jouer en coupe Davis.

Ensuite le club de Wimbledon, qui était - et qui est toujours d'ailleurs - totalement indépendant de toute fédération. C'est suite à la décision unilatérale de son président que la question des tournois open avait été enfin tranchée par la Fédération Internationale...



Enfin les joueurs officiellement professionnels et dont le nombre augmente brutalement au cours de l'année 1968. Deux organisations se partagent le marché:

- D'abord les anciens de l'association des joueurs professionnels, regroupés au sein d'une nouvelle organisation, The national tennis league, créé fin 1967 par George McCall, avocat et capitaine de l'équipe américaine de coupe Davis de 1965 à 1967. Comme McCall était un ancien bon joueur qui savait de quoi il parlait, il réussit à convaincre la plupart des anciens de rejoindre sa nouvelle organisation: Rosewall, Laver, Stolle, Giméno, Gonzales, Hoad, pour ne citer que les plus connus, signèrent un contrat avec lui. En avril 68, le groupe s'enrichit spectaculairement d'une branche féminine avec la signature de quatre vedettes du circuit amateur: Françoise Durr, l'anglaise Ann Jones et les américaines Billie Jean King et Rosy Casals. Autre surprise, Emerson à 31 ans rejoint enfin le camp des professionnels. Rejeté par sa fédération depuis que l'arrivée des tournois open semblait inéluctable, il n'avait pu défendre son titre en Australie en janvier. Hasard du calendrier ? Deux jours après le vote en faveur de l'open à la fédération internationale, il signe chez McCall, en même temps que les quatre joueuses. Il met fin ainsi à une belle carrière de faux amateur et retrouve son vieux copain Laver dont il deviendra le partenaire de double pour quelques années.



1968 : Emerson signe son contrat professionnel
Ann Hayden Jones(UK); Françoise Durr (FRA), Roy Emerson(AUS); Rosemary Casals(USA) and Billie Jean King(USA)


- Créée fin 1967 par Dave Dixon et Lamar Hunt, la WCT (World Championship Tennis), organisation nouvelle dans le milieu du tennis. Dixon, bon joueur de golf ne connaissait rien au tennis, mais était le nouveau président d'un stade couvert à la Nouvelle-Orléans. Il cherchait des idées d'activité pour rentabiliser ses équipements et avait pensé au tennis presque par hasard, en lisant des entrefilets dans les journaux. Il alla assister à un petit tournoi plus ou moins bien organisé à Binghampton près de New-York et put admirer les Gonzales, Laver et autre Rosewall qui jouaient dans des conditions de jeu matérielles et financières plus que discutables. Etait-il possible que des sportifs aussi extraordinaires puissent jouer devant un faible public de connaisseurs et pour des sommes dérisoires (à ses yeux…)? Flairant le gros coup, il réussit à associer à son projet un millionnaire texan prêt à investir lourdement, Lamar Hunt. A coup de dollars, ils essayèrent de débaucher les professionnels en exercice, mais ne réussirent à faire signer que trois anciens compagnons de Rosewall et Laver: Raslstone, Barthès et Buchholz. C'est que Dixon et Hunt, nouveaux venus dans le monde du tennis, n'inspiraient pas franchement confiance aux anciens. Par contre cinq des meilleurs amateurs du moment se laissèrent tenter par les sommes importantes qui leur étaient proposées: Newcombe, Roche, Drysdalle, Pilic et Taylor. Newcombe par exemple se vit offrir une garantie de 50.000$ pour l'année sans obligations de résultats, et sans que l'on sache très bien quel serait le niveau et la qualité des épreuves qu'allaient organiser ses nouveaux employeurs! Jeunes et plutôt beaux garçons, les huit furent vite surnommés The handsome eight - c'est à dire les huit beaux gars - quand ils commencèrent à sillonner les Etats-Unis.



1968 : Lamar Hunt promoteur d'événements sportifs



Très mal organisée, la première tournée de la WCT début 68 fut une véritable catastrophe financière. En plus, les 8 joueurs se produisaient dans des conditions de jeu qui faisaient hurler les conservateurs, tenant de la tradition. Dixon en fait était un visionnaire qui prévoyait que le tennis professionnel se jouerait un jour devant des publics considérables tout au long de l'année avec le support de la télévision, comme le base ball ou le foot-ball américain. Dixon révolutionna la manière de présenter le tennis à un plus large public. C'est lui qui introduisit pour la première fois le tie-break dans le jeu, innovation déjà ancienne, puisqu'elle reprenait l'idée de Jim Van Alen émise dans les années 30! De plus, sacrilège ô combien symbolique, il organisa les parties en autorisant les joueurs à porter des tenues de couleurs différentes (comme au football...). Adieu la sacro-sainte loi affichée partout où l'on jouait au tennis dans le monde entier: La tenue blanche de rigueur sur les courts du club.



En attendant, la saison tennistique 1968 essaie tant bien que mal de s'accommoder de la coexistence plus ou moins pacifique des organisations professionnelles et amateurs. Après Bornemouth en Angleterre où les professionnels de McCall avaient affronté les seuls amateurs anglais, après Roland-Garros où le succès avait été considérable malgré les nombreuses défections dues aux événements de mai 68, c'est enfin le premier Wimbledon open de l'histoire.

Cette fois, tout le monde est là. Pas un seul des grands du tennis d'après guerre encore en activité, ne manque à l'appel. Le groupe de McCall, les 8 de la WCT et les anciens qui tiennent à marquer par leur présence symbolique la réunification de la grande famille du tennis. Tous ceux qui sont passés professionnels depuis 20 ans retrouvent avec émotion le lieu de leurs premiers exploits et foulent enfin avec un plaisir non dissimulé la plus belle herbe du monde dont ils avaient été privés pendant si longtemps. Ainsi Pancho Ségura qui n'était venu qu'une fois en 1946 s'inscrivit à 47 ans en double avec Alex Olmédo. Les deux sud-américains réussirent à gagner le plus long set de l'histoire de Wimbledon (32/30!) au cours d'un deuxième tour victorieux. Gonzales, 19 ans après sa dernière participation est encore tête de série N°8 à 40 ans!

Le choix des têtes de série fait la part belle aux professionnels et seuls trois amateurs sont distingués: l'espagnol Santana(6), l'américain Ashe(12) et le hollandais Okker(13). Ce dernier en gros progrès venait justement de battre Laver au Queen's la semaine précédente.



1968 : Laver à Wimbledon



L'affrontement entre professionnels et amateurs est cette fois total, et les surprises sont nombreuses. Andres Giméno, tête de série numéro 3, se laisse ainsi surprendre par le play-boy sud-africain Ray Moore. Nikki Pilic, tête de série N°16, joue son premier match en extérieur depuis le début de l'année et n'arrive plus à contrôler la balle dans un central balayé par des rafales de vent. Il est battu sans gloire par un étudiant américain inconnu qui le restera!

Les autres vedettes professionnelles ne sont pas non plus à la fête: Stolle est battu sèchement par Graebner, Emerson par Okker et Newcombe par Ashe. Gonzales passe deux tours, battu par un jeune russe, Métreveli. Hoad, fatigué, disparaît devant Hewitt et Rosewall, tête de série N°2, est battu par le néo-pro Tony Roche. C'est une demi-surprise, Roche était avec Newcombe l'étoile montante du tennis australien. A 33 ans, Rosewall, battu trois sets à zéro, dut sentir le poids des ans. Le lendemain de sa défaite, la presse anglaise unanime lui rendit un hommage appuyé et larmoyant qui ressemblait fort à un enterrement de première classe! Mais le public de Wimbledon n'en a pas encore fini avec Rosewall, et cet enterrement sera suivi de beaucoup d'autres….

Pour la première fois dans l'histoire de l'open, les amateurs font jeu égal avec les professionnels. Ils sont encore 4 en quart de finale et deux (les américains Ashe et Graebner) en demi-finale où ils sont en bonne compagnie avec Laver et Roche. Finalement, Laver est le seul de toutes les vedettes à tenir son rang. Tête de série N°1, il survole le tournoi et retrouve son titre après 5 ans d'absence. Tony Roche en finale est balayé en trois sets et 59 minutes. Voilà Laver qui brandit la coupe comme en 1962, pour un troisième titre d'affilé, comme si les 5 ans passés chez les professionnels n'avaient été qu'une parenthèse vite oubliée. Cette victoire lui rapporta 7200$.



1968 : Laver vainqueur du premier Wimbledon open
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1968 : Finale Laver-Roche
Wimbledon








1968 : Programme de Wimbledon avec Rosewall


1968 : Tony Roche avant la finale de Wimbledon



Deux mois plus tard à Forest Hills, la fédération américaine eut la curieuse idée d'organiser deux épreuves successives, l'une réservée aux amateurs et l'autre open. Décidément, la fin du tennis amateur n'était pas encore admise partout. Cherchait-on ainsi à protéger les amateurs alors que les pros, précédés de leur énorme réputation, faisaient encore figure d'épouvantail? Heureusement, le noir américain Arthur Ashe se chargea de démontrer l'absurdité d'une telle organisation en remportant les deux épreuves. Après ce joli doublé, la démonstration était faite que la distinction entre deux catégories de joueurs n'avait plus de sens.



1968 : Ashe vainqueur du Forest Hills amateur
Deux semaines plus tard, il remportera aussi l'open.


Pour la première fois, le pros sont nettement dominés et parmi les anciens, seul Rosewall échappe au désastre en arrivant en demi finale. Laver est battu par Drysdale, Emerson par Ashe, Newcombe par Greabner. Gonzales à 40 ans sauve l'honneur en atteignant les quarts de finale après une très belle victoire sur Roche. Mais la révélation du tournoi est le Hollandais Tom Okker, qui vient tout juste de changer de camp en passant officiellement professionnel. Il est finaliste en battant Gonzales et Rosewall. Très rapide, excellent tacticien au jeu varié et inventif, Okker apparut alors comme un des grands espoirs du tennis mondial. Son match contre Rosewall fut considéré comme un des plus beaux du tournoi.



1968 : Programme de premier US Open de l'histoire,
L'affrontement amateurs-professionnels est encore au centre des passions.


1968 : Ashe pendant la finale


1968 : Okker pendant la finale de Forest Hills



Son vainqueur en finale, l'américain, Arthur Ashe, était encore un authentique amateur. Officier dans l'armée américaine, âgé de 25 ans, originaire de Richmond en Virginie où l'on pratiquait encore la ségrégation, il est le premier tennisman de couleur à remporter un tournoi du grand chelem. Son triomphe est le sommet d'une série de 33 victoires consécutives parmi lesquelles ses deux simples en finale interzone de la coupe Davis contre l'Espagne. Après sa demi-finale de Wimbledon, le voilà maintenant candidat à la première place mondiale. Capable de réussir en moyenne une vingtaine d'aces par match, de délivrer près du filet des volées et des smashes qui ont la sécheresse des coups de fusil, il avait sut aussi faire admirer son toucher de balle à coup d'amorties et de volées croisée qu'il avait l'air de déposer délicatement où il voulait. Bref, du grand art face à un adversaire en finale qui n'avait pas démérité.

C'est enfin le grand retour des américains, qui n'avaient pas gagné à Forest Hills depuis Trabert en 1955! Greabner et Ashe sont le symbole de ce renouveau dont va bénéficier l'équipe américaine de coupe Davis. Mais ils ne sont pas seuls, Stan Smith et Bob Lutz viennent compléter le succès américain en remportant le double. Pour la première fois depuis longtemps, les américains peuvent présenter une équipe solide qui leur permet tous les espoirs en coupe Davis.



1968 : Ashe vainqueur de Forest Hills




1968 : Finale Ashe Okker à Forest Hills
Forest Hills








Harry Hopman en Australie n'a pas cette chance. La coupe Davis est restée la chasse gardée des fédérations et tous les professionnels sous contrat en sont exclus. Avec le départ d'Emerson, Newcombe et Roche, c'est un peu la débandade et l'Australie n'a plus de joueur d'envergure. Pour le challenge round, Hopman n'a pas d'autre choix que d'aligner une des plus faibles équipes australiennes depuis 20 ans avec Ray Ruffels et Bill Bowrey. Mais à 62 ans, Hopman ne renonce pas, il croit encore aux vertus de la coupe Davis et aux méthodes qui lui ont si bien réussi depuis 20 ans. Il continue de préparer l'avenir avec deux jeunes espoirs, Phil Dent et John Alexander. Ce dernier devient à 17 ans le plus jeune joueur de la coupe Davis avec une première sélection en double. Mais les souvenirs de Hoad et Rosewall sont bien loin et il n'y aura pas de miracle. Les américains l'emportent 4/1, Ashe perdant le dernier simple alors que son équipe menait 4/0. C'est la fin d'une époque et la coupe Davis privée des meilleurs joueurs entame un long déclin. Malgré de nombreux changements dans l'organisation survenus depuis, l'épreuve n'a jamais vraiment retrouvé complètement l'immense prestige dont elle avait joui pendant ses soixante-dix premières années d'existence.



1968 : Affiche du challenge round



1968 : Publicité Dunlop et Rod Laver à l'honneur
Parue dans le programme du challenge round

1969 : L'équipe américaine reçue par Nixon
Le tout nouvellement élu président des Etats-Unis reçoit Ashe, Graebner, Ralston, Dell(cap), Lutz et Smith.




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