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1970 : Rosewall pendant sa finale contre Newcombe
Wimbledon : La troisième finale de Rosewall
1970

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WCT contre Grand Prix

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Tie-Break et couleurs pastel... et toujours Rosewall

Cette année là, Wimbledon mérite plus que jamais sont titre officieux de championnat du monde sur herbe. Assuré de faire le plein pendant toute la quinzaine grâce à un public fidèle, les dirigeants anglais n’ont pas les états d’âme des Français pour négocier avec la WCT. Les pros de leur côté ne font pas les difficiles, ils ont besoin de participer à des grandes épreuves open pour assurer leur prestige. Et puis, comment Wimbledon pourrait-il se passer de Laver, tenant du titre, quadruple vainqueur et finaliste à chacune de ses participations depuis… 1959 ?



L’australien semble en grande forme. Il a déjà remporté 6 tournois depuis le début de l’année, dont le prestigieux Queens, en préparation de Wimbledon. Ses rivaux désignés sont Newcombe et Roche, les outsiders Ashe et Okker. Quant à Rosewall, 35 ans, il n’a pas la cote auprès des bookmakers. Il a fait un début de saison moyen et les organisateurs le classent généreusement tête de série N°5..

Ceci dit, c’est la première participation de Laver à un tournoi en 5 sets depuis 9 mois, et le tenant du titre va manifestement manquer de rythme. l’australien ne tient pas la distance… Au quatrième tour, devant Roger Taylor, l’enfant du pays et gaucher comme lui, Laver semble soudain fatigué et incapable de forcer le destin contre un adversaire porté par son public. Taylor en état de grâce termine par un 6/2 et 6/1 et Laver fait triste mine en sortant du court. Cette défaite marque la fin d’une époque…



1970 : Laver dépité après sa défaite contre Taylor
C'est sa première défaite à Wimbledon depuis la finale perdue contre Fraser an 1960.


Du coup, c’est Rosewall qui fait le spectacle. A 35 ans, l’ancien whiz kid repart courageusement à la conquête du seul titre qui lui manque. Il a manifestement bien préparé son affaire et évite d’entrée les matchs longs et accrochés qui pourraient l’user prématurément. En quart de finale, il contrôle parfaitement Tony Roche en quatre sets après avoir pris soin de remporter le premier set 10/8. En demi-finale, Taylor qui n’est pas l’homme des exploits à répétition, s’incline naturellement devant plus fort et plus expérimenté que lui.

Voilà le petit Maître de Sydney de nouveau en finale, 14 ans après son premier échec face à Drobny. Le public anglais, la presse et même le monde entier, s’interrogent. A 35 ans bien sonnés, Rosewall sera-t-il capable d’aller jusqu’au bout ? Saura-t-il réparer enfin l’injustice qui l’a privé d’un titre qu’il aurait mérité dix fois de remporter pendant ses 12 années de purgatoire chez les professionnels ? Rosewall est incontestablement le favori sentimental de cette finale, il est assuré d’avoir tout le public derrière lui..

L’autre finaliste Newcombe, est le favori logique des bookmakers. Il a inquiété Laver dans la finale précédente, il a un bien meilleur service et surtout, il a dix ans de moins…



1970 : Rosewall pendant son quart de finale contre Roche
Victoire de Rosewall 10-8 6-1 4-6 6-2


Le premier set entretient tous les espoirs du «vieux». Solide sur son engagement, il fait des prodiges en retour de service et accumule les balles de break. A 4-4, il mène 0-40, mais Newcombe fait les 5 points suivants. A 5-5, c'est Newcombe qui mène 40-0 avant de faire 5 erreurs de suite, sans que Rosewall y soit pour grand chose ! A 6-5, il doit encore sauver 2 balles de debreak avant de conclure ce premier set pour le moins décousu. Le tournant du match eu lieu à 3-2, quand Rosewall fit un jeu catastrophique : service mou, pas de montée au filet et pour conclure une double faute ! Il du sentir le danger, car Rosewall eut 3 balles de debreak au jeu suivant. Peine perdue, Newombe les sauva et remporta ce deuxième set 6-3, puis le troisième plus facilement 6-2. Et Il prend d’entrée le service de Rosewall dans le 4eme set. Tout semble joué



1970 : Rosewall pendant sa finale contre Newcombe
Troisième balle de break dans ce jeu à 4-4. Mais ce ne sera toujours pas la bonne.


Voici comment Tennis de France a raconté le 4eme set:

Au changement de côté, mené 2/1, le petit australien s'assit sous la chaise d'arbitre. Il resta immobile pendant trente secondes et repartit à petits pas recevoir le service de Newcombe. Il perdit ce jeu blanc. Il gagna ensuite son service et s'assit de nouveau au même endroit au changement de côté suivant. Le public l'applaudit charitablement lorsqu'il reprit sa place sur le court. Il voyait dans le comportement de Rosewall des signes de fatigue et de lassitude, il n'en était rien. Pendant qu'il était assis, Rosewall reposait ses muscles mais surtout, il se concentrait. Il ne pouvait pas perdre aussi facilement. Il allait encore plus s'appliquer pour retourner le service de Newcombe. Sur le premier point, il force son adversaire à faire une volée acrobatique qui sort. Sur le second du côté gauche, il fait un impeccable retour de revers croisé court que Newcombe ne peut toucher. Sur le troisième, il retourne dans les pieds de Newcombe, monte au filet et conclut par une volée gagnante. Newcombe ébranlé fait alors une double faute. Ce jeu valait un set. Il déconcentra complètement Newcombe qui le perdit 6/3



1970 : Rosewall et Newcombe pendant la finale


Et c’est littéralement porté par le public que Rosewall égalisa à 2 sets partout, sous une ovation qui valait bien une victoire. Jamais il n’avait été si près du but… Mais à 35 ans, il ne faut pas rêver et à cet âge là, les matchs en 5 sets sont des pièges qu’il vaut mieux éviter, surtout en fin de tournoi… Les cinquièmes sets, c’est justement le point fort de John Newcombe. A grands coups de service-volée, il étouffe le « vieux » qui se dérègle et perd son revers magique… C’est en encaissant un sévère 6/1 que Rosewall enterre ses dernières illusions. Pour beaucoup, cette finale était sa dernière chance, la retraite n’était plus bien loin. C’est lui qui eut le lendemain tous les honneurs de la presse pour un enterrement de première classe que méritait sans aucun doute sa déjà longue et brillante carrière.



1970 : Balle de match pour Newcombe.



Rosewall peut légitimement avoir des regrets, et il est probablement passé plus près de la victoire que ne le laisse supposer le score. Il eut au total 16 balles de break sur le service de Newcombe et ne put en transformer que 3, dont une sur une double-faute ! A chaque fois, Newcombe s’en sortait avec un ace ou une volée gagnante. C’est là qu’il faut chercher la clé du match.

Chose plus étonnante encore, Rosewall se permettait à 35 ans de jouer avec le même sérieux le simple et le double. Il se retrouva cette année-là en finale des deux épreuves. Rappelons au passage que le double réunissait à l’époque toutes les grandes vedettes, et qu’il se jouait en 3 sets gagnants. Aujourd’hui, aucun favori en simple ne s’inscrit plus en double et les rares courageux qui prennent le risque de s'inscrire dans les deux épreuves ont vite fait de scratcher en double dès lors qu’ils ont passé deux tours en simple. Rosewall aurait-il fait mieux s’il s’était sagement abstenu de jouer les deux épreuves ? On peut le penser. Il aurait du méditer l'exemple de son vainqueur de 1954, le tchèque Drobny qui avait gagné à l'âge de 32 ans. Et c'était pour lui aussi sa troisième finale. Drobny en était à sa onzième participation et il s'était alors sagement tenu à l'écart des doubles pour la première fois! En courant les deux lièvres à la fois, Rosewall prenait certainement le risque de tout perdre, ce qui se produisit effectivement.



1970 : Finale du double Newcombe-Roche contre Rosewall-Stolle
Après un premier set disputé mais perdu, Rosewall Stolle ont laissé filer le match. Score final 10/8 6/3 6/1


Enfin, c’est probablement dans un autre match que s’est joué indirectement le sort de cette finale. Trois jours avant, en quart-de-finale, c'est Emerson qui rate le coche face au futur vainqueur. Dans un cinquième set au couteau, Newcombe s’en tire de justesse 11/9 après avoir sauvé 5 balles de break qui ressemblaient fort à autant de balles de match ! C'est peut-être là que la vraie chance de Rosewall est passée car Emerson n’était pas le genre de joueur qu’il craignait, et il avait déjà 34 ans... Mais il ne sert à rien de vouloir refaire l’histoire et tous les admirateurs du petit Australien regrettent encore aujourd’hui cette occasion manquée de Wimbledon 1970.

Plus cruellement encore, Rosewall devait se montrer bien plus régulier et souverain que Newcombe jusqu'à la fin de la saison tennistique. Une semaine seulement après cette grande finale de Wimbledon, Rosewall prenait déjà sa revanche sur Newcombe en finale du tournoi sur herbe de Newport. Ce ne devait pas être la dernière.



1970 : Le deuxième Wimbledon de Johhn Newcombe


1970 : Newcombe fait la Une de Tennis de France





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