1972 : Rosewall, phase finale de la WCT
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Les pros du banissement à la création de l'ATP .
1971-1973
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En 1971, entre la fédération internationale et WCT, rien ne va plus. Fort de ses 32 joueurs sous contrat, Lamar Hunt ne cachait plus ses intentions de régenter le tennis professionnel mondial. Ses tentatives d'infiltration des instances dirigeantes du tennis, sa volonté de dicter les conditions de participation de ses joueurs aux tournois du grand chelem, son objectif avoué de passer de 32 à 64 joueurs sous contrat pour monter deux circuits de tournois professionnels, tout cela était vu comme une déclaration de guerre par Allan Heyman, président de la fédération internationale. Fin 1971, Celui-ci prend une décision qui met fin au tennis open: A partir du 1er janvier 1972, tous les joueurs pros sous contrat de la WCT seront interdits dans toutes les compétitions officielles.
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Les Internationnaux d'Australie sont les premières victimes de cette nouvelle guerre d'influence. Ce tournoi qui se jouait habituellement début mars se voit avancer au tout début de l'année pour cause de concurrence avec ceux de la WCT. Joué la dernière semaine de 1971, avec une finale le 2 janvier, c'est donc le dernier tournoi auquel des pros pouvaient légalement participer. Les dates retenues ne sont pas faites pour attirer les étrangers. On y trouve tout de même une courageuse équipe d'espoirs français (Dominguez, Proisy, N'Godrella, Meyer) et le russe Metreveli. Seuls deux pros de la WCT s'inscrivent, et comme par hasard, ce sont deux australiens en vacances: Newcombe et Rosewall. Newcombe, tête de série N°1, ne saura pas profiter de l'occasion. Il se laisse surprendre en quart de finale par un revenant, Mal Anderson. Celui ci obtient à 36 ans son meilleur résultat d'une longue carrière professionelle bien terne, commencée en 1958 dans le sillage de Hoad et Rosewall ! Cette victoire obtenue à l'arraché (9/7 au cinquième set) sera sans lendemain. Il est balayé en finale par Rosewall en trois petits sets.
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| 1972 : Rosewall vainqueur de l'open d'Australie |
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Ken Rosewall bat Mal Anderson 7/6 6/3 7/5. Dernier tournoi où les pros pouvaient participer avant l'interdiction. |
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La rupture étant consommée, les dirigeants font de la surenchère pour attirer les joueurs dans leurs filets. Lamar Hunt annonce un million de dollars de prix pour 20 tournois que disputeront ses 32 joueurs sous contrat. Le vainqueur de la phase finale qui doit se jouer en mai à Dallas, se voit promettre 50.000$, du jamais vu ! La FILT quant à elle promet 1,6 millions de dollars pour le Grand Prix, soit le double de l'année précédente. Elle espère ainsi décourager les derniers grands amateurs (Smith, Kodes, Nastase...) de rejoindre la WCT.
Les tournois de la WCT ne souffrirent pas de la soudaine mise à l'écart des joueurs pros. Avec les australiens Laver, Rosewall, Newcombe, Emerson et Stolle, les américains, Ashe, Lutz, Pasarell, Riessen, Richey, et Ralston, les européens Pilic, Taylor, Okker et quelques autres, le succès était assuré. Tous les tournois joués en Amérique du Nord les quatre premiers mois de l'année rencontrèrent un énorme succès populaire. Les australiens Laver (6 finales, 5 victoires) et Rosewall (6 finales, 3 victoires) s'y distinguèrent tout particulièrement. Ils étaient incontestablement les meilleurs joueurs du monde en ce début de saison et se retrouvèrent tout naturellement en finale à Dallas le 14 mai.
Cette partie, qualifiée à l'époque de match du siècle, avait de quoi retenir l'attention. C'était avant tout le match de tous les records: 15.000 spectateurs, 21 millions de téléspectateurs, et 50.000$ de prix pour le vainqueur. Rosewall, du temps de ses meilleures années professionnelles dans les années 60, ne gagnait pas ça en une saison !
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| 1972 : Conférence de presse WCT Lamar Hunt et son neveu Al Hill |
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Richmond : Laver b Drysdale 2/6 6/3 7/5 6/3
Philadelphie : Laver b Rosewall 4/6 6/2 6/2 6/2
Toronto : Laver b Rosewall 6/1 6/4
Hollywood : Rosewall b Drysdale 3/6 6/2 6/4
Chicago : Okker b Ashe 4/6 6/2 6/3
Hilton Head : Rosewall b Newcombe 7/5 6/3
River Oaks : Laver b Rosewall 6/2 6/4
Quebec : Riessen b Laver 7/5 6/2 7/5
Charlotte : Rosewall b Richey 2/6 6/2 6/2
Denver : Laver b Riessen 4/6 6/3 6/4
La Vegas :Newcombe b Drysdale 6/3 6/4
Résultats des 11 tournois de la WCT avant la phase finale de Dallas, 7-14 mai 1972/ Au passage, cela donne une idée de ce qu'était le circuit WCT en Amérique du Nord fr février à fin avril. Un spectacle itinérant et probablement épuisant ou les mêmes se rencontrent toutes les semaines, et beaucoup d'argent à la clé.
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| 1972 : LAver pendant la finale de Dallas |
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| 1972 : Finale WCT à Dallas entre Laver et Rosewall |
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Victoire de Rosewall 4-6 6-0 6-3 6-7 7-6 |
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| 1972 : Rosewall Champion WCT avec la coupe.... et 50.000$ |
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Cette finale fut pour les deux australiens la plus réussie de toutes leurs rencontres depuis dix ans. Rosewall et Laver jouèrent un très beau tennis, fait de toucher de balle et de montée à la volée, un tennis à l'ancienne serait on tenté de dire. En tout cas, un tennis comme on en voit plus, bien loin du tennis de bûcheron tout en puissance d'aujourd'hui... Les deux australiens enthousiasmèrent le public et Rosewall, malgré ses 37 ans, sut maintenir le suspense jusqu'au bout. Mené 5-3 service Laver dans le tie break du cinquième set, il réussit à retourner la situation grâce à deux superbes retours de revers, ce qui suffit à lui donner l'avantage décisif.
A 37 ans, Rosewall montre tout de même une extraordinaire condition physique. Tous les matchs se déroulaient en 3 sets gagnant, et Rosewall avait battu Lutz e deml-finale également en 5 sets !
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| 1972 : Finale WCT Rosewall Laver |
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| 1972 : Finale WCT à Dallas entre Laver et Rosewall |
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Conférence de presse d''après match |
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Pendant que Rosewall et Laver accomplisaisent leurs exploits tennistiques, les négociations reprirent entre Lamar Hunt et Allan Heyman. Personne n'avait vraiment intérêt à ce que la brouille se prolonge. La Fédération Internationale avait besoin de la participation des meilleurs dans les tournois du grand chelem afin d'assurer leur crédibilité et éviter un retour aux hypocrisies des années 60. La WCT quant à elle voulait rester indépendante, mais ses joueurs avaient besoin de la notoriété des tournois du grand chelem pour attirer le public. En avril un accord est trouvé pour permettre au tennis professionnel de repartir sur de nouvelles bases. Voici l'essentiel de l'accord:
- Lamar Hunt garde le contrôle du calendrier sur le sol Nord-Américain pour les quatre premiers mois de l'année. Il pourra y organiser les tournois WCT comme il l'entend.
- La WCT s'engage à ne plus faire signer de nouveau contrat pro, et ne ne pas renouveler les contrats existants.
- La WCT devient une organisation d'événements sportifs et ses tournois pourront accueillir tous les joueurs professionnels.
A la suite de cet accord, tous les joueurs sous contrat seront de nouveau autorisés à participer aux tournois officiels après le tournoi de Wimbledon. Autre décision d'importance, la vieille coupe Davis se voyait enfin autorisée à admettre les joueurs professionnels sans restriction. C'était un espoir pour cette vieille épreuve qui avait vu depuis 20 ans son prestige diminuer au rythme des départs des meilleurs amateurs dans les rangs professionnels...
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Après un Wimbledon bien pauvre en participation, tous les joueurs pro se retrouvent enfin réunis pour le tournois de Forest Hills à New-York fin août. Mais ce retour à la normale, souhaité par tous et avant tout par les joueurs eux-mêmes, aura une conséquence immédiate dès le tournoi de Forest-Hills qui suivit en septembre 1972. Réunis pour la première fois dans un même tournoi depuis près d'un an, les 80 joueurs professionnels présents en profitèrent pour créer l'ATP, association chargée de défendre leurs intérêts auprès des organisateurs de tournois et des fédérations. Le président d'honneur est Jack Kramer, héros et pionnier du tennis professionnel d'après guerre. Mais pour les représenter plus directement, les joueurs élisent comme président exécutif, le sud-africain Cliff Drysdale. Agé de 32 ans, Il était surtout connu pour sa gentillesse, sa joie de vivre et son formidable revers à deux mains, une bizarrerie à l'époque... Il avait obtenu ses meilleurs résultats du temps du tennis amateur, et il disait jouer encore au tennis pour s'amuser ! Il avait du temps et l'esprit libre pour s'occuper des intérêts de ses camarades professionnels. C'est lui qui aura à gérer la première grande crise entre l'ATP et les fédérations dès l'année suivante, crise qui devait amener l'ATP à boycotter Wimbledon...
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| 1974 : Drysdale, président de l'ATP à Wimbledon |
Chapitre précédent : Tie-Break et couleurs pastel... et toujours Rosewall
Chapitre suivant : L'irrésistible ascension de Smith et Nastase
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