A Wimbledon, le forfait de Borg ne laisse pas la même impression de vide que l'on avait ressentie avant Roland-Garros. Le suédois n'est plus le tenant du titre, et personne ne voit qui pourrait empêcher John McEnroe de remporter un deuxième Wimbledon d'affilée. Ivan Lendl, son grand rival du début de saison, vainqueur du masters en janvier et de la finale WCT en mai, a préféré s'abstenir après sa déconvenue de Roland-Garros contre Wilander. Du coup, on ne voit guère que Connors et Gerulatis pour mettre un peu d'animation. Mais de là à l'empêcher de gagner... Au tournoi de préparation du Queens mi juin, c'est pourtant Connors qui va lancer un avertissement à son grand rival. Un Connors que l'on croyait un peu sur le déclin depuis son élimination sans gloire en quart de finale à Roland-Garros contre Higueras (6-2 6-2 6-2). Il n'en est rien. A trente ans passés, Connors montre qu'il faudra encore compter avec lui. Il obtient une belle victoire sur John McEnroe en finale 7-5 6-3, surtout grâce à un formidable service bien réglé et que son adversaire n'arrivera jamais à retourner correctement. Voilà McEnroe prévenu : Connors est en forme, et s'il continue de servir toute la quinzaine avec la même réussite et la même constance, ce sera difficile.
1982 : Queens Finale Connors McEnroe Londres
Résumé de la finale Connors McEnroe au Queens
Le début du tournoi est placé d'abord sous le signe de la détente, entre un McEnroe assagi, et des organisateurs accueillants. Au cours d'une brève cérémonie, l'américain put ainsi récupéré les trophées de l'année précédente, qu'il n'avait pas reçu après son boycott de la soirée de clôture. Le McEnroe 1982 fut d'ailleurs incomparablement plus facile à arbitrer que le McEnroe 1981 particulièrement odieux...
En l'absence de suspense dans les premiers tours, la première semaine est toute occupée à regarder la pluie tomber. Au début de la deuxième semaine, seuls 14 joueurs avaient franchi le deuxième tour ! Alors on s'intéresse au comportement du tout nouveau champion de Roland-Garros, Mats Wilander, qui pour son premier Wimbledon hérite de la tête de série N°7. Il va vite montrer de belles dispositions sur herbe. Bon attaquant, bon serveur, et solide dans tous les compartiments du jeu, il passe trois tours avant de chuter en trois sets contre Brian Teacher, un bon spécialiste de l'herbe. Pour le reste, il n'y aura pas de surprise. Connors et McEnroe arrivent comme des fusées en finale sans être inquiétés. Tout au plus pourrait on noter la bonne performance des deux autres demi-finalistes surprise : l'australien Mark Edmonson, vainqueur de Gerulatis, et qui réalise sa meilleure performance en grand chelem depuis sa victoire surprise aux internationaux d'Australie en 1976, et le jeune américain Tim Mayotte, qui n'était pas tête de série et qui est à 21 ans la révélation de l'édition 1982.
1982 : Wilander pendant son premier tour à Wimbledon
Tête de série N°7, il bat le suisse Guenthardt 6-3 6-3 3-6 6-3
1982 : Mark Edmonson pendant sa demi-finale contre Connors
Victoire de Connors 6-4 6-3 6-1
La pluie ayant un peu cessé la deuxième semaine, la finale entre les deux américains put finalement avoir lieu le dimanche 4 juillet. Mais dès le début, le favori McEnroe montre qu'il n'est pas dans un grand jour. Son premier service passe mal, et cela suffit à dérégler un peu tout le reste. Sa présence à la volée et son toucher de balle suffisent cependant à lui assurer le contrôle de la partie. Il gagne le premier set 6-3, perd le deuxième sur le même score, remonte un break dans le troisième set et le gagne au tie-break. En face, Connors sert de plomb et rentre en rugissant dans toutes les balles. C'est finalement lui qui aborde le plus frais le tie-break du quatrième set qu'il remporte sans discussion. McEnroe, qui n'est pas connu pour sa résistance dans les cinquièmes sets, commence à faiblir. Il perd son service dans le troisième jeu du cinquième set, et malgré plusieurs occasions, n'arrivera pas à recoller au score. A 5-4, Connors sert pour le match et mène rapidement 40/0. Il ne laisse pas passer l'occasion. Il retrouve enfin, huit ans après sa première victoire, ce titre tant convoité. Quant à McEnroe, il semblait bien abattu. Son règne qui s'annonçait pourtant brillant, n'aura finalement duré qu'un an. Comment ne pas penser à Connors et aux 7 années d'une course poursuite pathétique derrière Borg, après sa triomphale saison 1974. On ne peut s'empêcher de s'interroger : McEnroe sera-t-il victime de la même malédiction ?
1982 : McEnroe à la peine contre Connors au 5eme set
1982 : Connors pendant la finale contre McEnroe
1982 : Connors remporte son 2eme Wimbledon
Victoire sur McEnroe 3-6 6-3 6-7 7-6 6-4
1982 : Finale Connors McEnroe Wimbledon
Résumé de la finale Connors McEnroe 1982
1982 : Connors fait la Une de Sports Illustrated
Pour McEnroe, il restait encore Flushing Meadows pour sauver sa saison et sa place de N°1 mondial. Triple tenant du titre, il peut trouver dans son tournoi favori les ressources nécessaires. Mais sa préparation est laborieuse : battu encore par Lendl à Toronto, par Steve Denton à Cincinnati, il aborde le dernier grand tournoi de l'année dans le doute. Accroché par Gene Meyer en quart de final en 5 sets disputés (4-6 7-6 6-3 4-6 6-1), il butte ensuite contre sa bête noire de l'année, Lendl qui le balaye en trois sets secs. Le tchèque fit à cette occasion une démonstration de puissance au cours d'un match plein pendant lequel McEnroe ne réussit jamais à conquérir le filet. Repoussé au fond du court, l'américain du attendre le troisième set pour réagir et réussir enfin à jouer son tennis d'attaque. Il put ainsi atteindre le tie-break, avant de s'avouer vaincu devant un Lendl décidément plus fort et plus puissant que lui...
1982 : McEnroe à terre pendant sa demi-finale perdue contre Lendl
1982 : Lendl à la peine pendant al finale contre Connors
Dans l'autre moitié du tableau, c'est Connors qui sans surprise arrive jusqu'en finale sans être inquiété. Vilas en demi-finale réussi à lui prendre un set, mais sans jamais retrouver la forme qui lui avait permis de conquérir le titre contre ce même Connors en 1977... 5 ans déjà. Mais Connors, lui est toujours là. Gonflé à bloc, il attaque la finale tambour battant contre un Lendl qui frappe aussi fort que lui, mais qui n'a pas la réussite de la veille contre McEnroe. Devant son public, c'est un Connors déchaîné qui mène rapidement deux set à rien, puis qui sert à 3-2 dans le troisième set. Tout semble joué quand Lendl retrouve enfin un peu de précision. Il profite de deux erreurs de Connors pour recoller à 3-3, sauve deux balles de break à 4-4, avant de s'adjuger le troisième set 6-4. Le quatrième set est d'une rare intensité. Connors mène 2-0, mais se fait rejoindre après 3 passings meurtriers d'une rare violence. Il réussit immédiatement un second break après une débauche d'énergie au filet. Il ne sera plus rejoint malgré plusieurs balles de break que Lendl n'arrivera pas à transformer.
1982 : Connors pendant la finale victorieuse contre Lendl
1982 : Connors : Quatrième victoire à l'Us Open
Pour Connors, c'est un retour triomphal au premier plan, après des années de doute et de déception. Sa dernière victoire dans ce même tournoi remontait à 1978. Le voilà qui à trente ans passés, retrouve la première place mondiale, et cela devant les 20.000 spectateurs de son tournoi fétiche. Il prouve ainsi qu'avec de l'enthousiasme et de la persévérance, il peut encore rivaliser avec les meilleurs sans que l'âge soit un handicap. Alors que des plus jeunes que lui doutent déjà, comme McEnroe, ou abandonnent à 25 ans, comme Borg, Connors vient de montrer qu'il faudra compter avec lui quelques années encore. Fera-t-il aussi bien que Tilden, vainqueur de Wimbledon à 37 ans, ou que Rosewall, 39 ans, qu'il avait battu ici même en finale en 1974 ?
Quant à McEnroe, il se retrouve rétrogradé à la troisième place du classement, dépassé par Ivan Lendl, son vainqueur lors de leur 5 dernières rencontres. L'américain n'aura pas su profiter de la retraite de Borg pour confirmer durablement sa place de N°1, pourtant durement conquise l'année précédente. A 23 ans, McEnroe se devait de réagir. C'est ce qu'il allait faire superbement en se consacrant à la dernière grande épreuve de l'année : la coupe Davis.