1927 :
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La "Divine" Suzanne Lenglen
1919-1926
Chapitre précédent : Les premiers championnats du monde sur terre battue
Chapitre suivant : Tilden et Johnston, rois de la coupe Davis
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Suzanne Lenglen débute le tennis très jeune, entraînée par son père passionné de tennis et qui avait décidé de faire de sa fille une championne. C’est au printemps 1914, à 14 ans et demi, qu’elle fait parler d’elle pour la première fois: elle est finaliste malheureuse du championnat de France contre la tenante du titre Marguerite Broquedis, qui gagne en trois sets disputés. Suzanne se console en remportant facilement le double mixte avec Max Decugis. C’est son premier titre de champion de France. Trois semaines plus tard à Saint-Cloud, elle est championne du monde sur terre battue en battant en deux sets l’anglaise Golding (Voir Les premiers championnats du monde sur terre battue). C’est la consécration et le début d’une carrière exceptionnelle que la guerre de 14 vient interrompre momentanément.
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| 1914 : Suzanne Lenglen 14 ans 1/2 |
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Championne du monde sur terre battue |
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Quatre ans plus tard, nous retrouvons Suzanne Lenglen à 20 ans prête pour une domination sans partage sur le tennis féminin. Toujours entraînée par son père, accompagnée par sa mère dans tous ses déplacements, elle commence alors à sillonner l’Europe de tournoi en tournoi et de victoire en victoire. C’est alors une jeune fille gaie et pleine de vie, à l’excellente condition physique, qui mêle harmonieusement sur le court la technique du tennis et les principes de la danse. En 1919, il n’y a pas encore de championnat national dans une France traumatisée par les ravages de la guerre. Mais c’est la reprise à Wimbledon et Suzanne Lenglen fait alors une très forte impression sur le public anglais. Son style est fait de balles qui tombent toujours à quelques centimètres de la ligne de fond, de montées au filet extrêmement rapides, de volées et de smashs qu’elle frappe en sautant très haut dans des positions acrobatiques, en faisant immanquablement le point.
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| 1925 : Suzanne Lenglen en doube dames à Wimbledon |
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Voyez ces smashs joués avec le genou replié sur la poitrine, et même quelque fois avec le pied à hauteur de la tête ! |
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Sa finale contre Mrs Lambert-Chambers est le match le plus difficile qu’elle ait eu à disputer de toute sa carrière. Déjà sept fois victorieuse à Wimbledon, l’anglaise, alors âgée de plus de quarante ans, ne se laisse pas impressionner et réussit à contrer le jeu de Suzanne en alternant savamment les balles très longues et les amorties. Le match dure plus de deux heures et c’est au bord de l’épuisement que la française réussit, à force de concentration et de volonté, à sauver deux balles de match avant de conclure 9/7 au troisième set.
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Après cette première victoire à Wimbledon, Suzanne Lenglen se met alors à dominer d’une façon insolente le tennis féminin. En 1920, elle remporte facilement les trois épreuves du championnat de France, triplé qu’elle réalisera par la suite à chacune de ses participations. A Wimbledon, elle retrouve Mrs Lambert-Chamberts en finale, qu’elle bat cette fois en deux petits sets. C’est, dit-on, à la suite de cette deuxième victoire de Suzanne Lenglen, que les dirigeants du club anglais, voyant la foule des spectateurs qui n’avaient pas pu rentrer faute de places, décidèrent la construction d’un nouveau stade et l’abandon du système du challenge-round ! Aux jeux olympiques d’Anvers la même année, elle se promène littéralement, ne perdant en tout et pour tout que 4 jeux en 6 matchs. Elle est également médaille d’or en double mixte avec Max Decugis, mais seulement médaille de bronze en double dames avec Melle D'Ayens.
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A partir de 1921, Suzanne Lenglen domine tellement toutes ses adversaires que l’on en vient à se désintéresser des épreuves auxquelles elle ne participe pas. La question n’est plus alors de savoir si elle pouvait perdre un match, ou même un set, car elle abandonnait rarement plus de quatre jeux aux meilleures de ses adversaires. Une joueuse battue 6/0 6/0 une année et qui réussissait à faire 6/0 6/1 l’année suivante était considérée comme ayant réalisé de gros progrès ! Finalement, seul le nombre de jeux perdus au cours d’un match pouvait encore faire l’objet de commentaires, de discussions, voir même de paris!
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| 1921 : Miss Mallory et Suzanne Lenglen |
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En septembre 1921, elle est invitée aux Etats-Unis pour faire une tournée de matchs exhibition au profit d’œuvres caritatives. A peine remise d'une coqueluche, elle arrive fatiguée, avec une forte quinte de toux. Elle ne peut refuser cependant de participer aux championnats américains où on l’avait inscrite d’autorité. Mais voilà : à l'époque il n'y avait pas de tête de série, et le tirage au sort fait qu'elle rencontre au premier tour une des meilleures joueuses américaines de l’époque, Mrs Mallory. Fatiguée et toussant à tous les changements de côté, Suzanne décide d’abandonner à 3/0 contre elle au deuxième set, subissant ainsi la seule et unique défaite de toute sa carrière. La française est alors sifflée et huée par le public et sévèrement critiquée par tous les médias américains pour cet abandon et son attitude sur le court, certains réclamant même ouvertement sa suspension à vie pour avoir privé indûment l'américaine d'une victoire complète. Quant à Mrs Mallory, elle retire de cette victoire une immense satisfaction et la certitude d’être la future reine du tennis mondial.
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| 1921 : Caricature après l'abandon de Suzanne Lenglen |
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| 1921 : Suzanne Leglen quitte le court après son abandon |
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A Wimbledon l’année suivante, Mrs Mallory arrive pour gagner et ne s’en cache pas. Son mari va même jusqu'à parier 10.000$ sur la victoire de sa femme. Belle confiance, beau geste d'amour sans aucun doute, mais Suzanne remet bien vite les pendules à l’heure. En finale, menée deux zéro, la française boucle finalement le match en 22 minutes et un score sans appel : 6/2 6/0 !
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| 1926 : Suzanne Lenglen pendant le match de Cannes |
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Image cadeau de cigarettes allemandes |
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Hormis l’année 1924 où elle est malade, Suzanne Lenglen continue à dominer le tennis jusqu’en 1926. C’est alors que l’on commence à parler d’une possible rivale en la personne de la championne olympique de 1924, l’américaine Helen Wills. Âgée de 18 ans, déjà trois fois championne d’Amérique, elle vient en Europe au printemps 1926 pour défier celle que tout le monde surnomme «La Divine». Les deux jeunes femmes séjournent sur la côte d’azur pour les traditionnels tournois d'hiver. Après s'être soigneusement évitées pour mieux s'observer pendant quelques semaines, elles s'inscrivent enfin toutes deux au tournoi de Cannes. La rencontre tant attendue entre les deux joueuses a enfin lieu le 16 février 1926 sur le court de l'hôtel Carlton.
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| 1926 : Suzanne Menglen pendant le match de Cannes |
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Le match, annoncé dans la presse, attire une foule considérable de passionnés. Les 3000 places sont toutes louées en une heure. Les gradins ont une faible capacité, ils sont archicombles et des spectateurs s’installent sur les toits des maisons environnantes. L'arbitre est le commandant Hillyard, secrétaire du club de Wimbledon et arbitre des finales féminines du tournoi londonien. Il est venu spécialement pour l'occasion, c'est dire si l'événement est d'importance! Le spectacle est magnifique. La française contrôle la partie, mais l'américaine joue la régularité du fond du court, essayant de ne pas faire de faute pour fatiguer son adversaire. Suzanne gagne le premier set 6/3, le deuxième plus difficilement 8/6. A 6/5, il y eut un incident curieux. Suzanne a une balle de match, et le coup droit de l'américaine est annoncé Out. Les deux joueuses se serrent la main quand l'arbitre de ligne se précipite vers l'arbitre de chaise. Il n'a rien annoncé du tout, c'est un spectateur qui a crié Out. Pour lui la balle est bonne! Tout le monde regagne sa place et le match reprend à 40 partout. Suzanne, déstabilisée, perd le jeu et est vite mené 40/0 dans le suivant. Le public retient son souffle, mais la française parvient à garder sa concentration pour conclure le match en faisant les 9 derniers points! Mais il était temps, Suzanne termine le match au bord de l'épuisement.
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| 1926 : Suzanne Lenglen et Helen Wills |
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Première poignée de main. Mais l'arbitre de ligne à droite est en train d'intervenir. La balle était bonne et le score sera corrigé : 40A. |
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Les deux joueuses se donnent alors rendez-vous aux internationaux de France en juin. Ce sera finalement un rendez-vous manqué et le match joué à Cannes restera leur seule et unique rencontre. Entre temps, victime d’une crise d’appendicite, l’américaine doit finalement renoncer à toutes les compétitions pour le reste de l’année. Quant à Suzanne Lenglen, après un dernier triomphe aux internationaux de France en juin, elle décidera de signer un contrat professionnel après l'incident de Wimbledon (Voir Le dernier Wimbledon de Suzanne Lenglen) qui l'a fait abandonner le tournoi londonien à la fin de la première semaine. Elle part alors pour l'Amérique pour vivre l'expérience de la première tournée professionnelle de tennis de l'histoire.
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Chapitre précédent : Les premiers championnats du monde sur terre battue
Chapitre suivant : Tilden et Johnston, rois de la coupe Davis
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